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La voie démocratique au Maroc

La crise politique au Maroc ne date pas d’hier. Elle plonge ses racines dans l’absence d’institutions démocratiques représentatives du peuple. Depuis 1962 jusqu’à aujourd’hui, toutes les constitutions octroyées n’ont jamais émané du peuple, mais plutôt imposées d’en haut par le makhzen qui a toujours souillé les élections de trucage en essayant de s’opposer aux aspirations d’émancipation et d’ascension du peuple marocain.

Ces échecs constitutionnels successifs sont inhérents au système du makhzen qui a toujours écarté le peuple de l’élaboration des institutions qui doivent régir la mobilisation des masses populaires pour l’édification d’un Maroc stable, prospère et démocratique. Et dès lors, la question que l’on peut se poser est la suivante : dans la situation politique du Maroc d’aujourd’hui, le droit de vote a-t-il encore un sens ? Face aux événements nationaux avec l’avènement de Abderrahmane EL YOUSSFI à la tête du gouvernement, et internationaux avec la chute du mur de Berlin et la fin du monde bipolaire, entre autres, le Makhzen qui avait procédé à des réformettes en faisant quelques concessions tactiques sur le plan politique sans rien céder sur le fond donne aujourd’hui l’impression d’être menacé, tant par la méfiance citoyenne vis-à-vis de l’Etat, des partis et leurs politiciens de pacotille, de la presse officielle et de ses journalistes que par les attaques externes, qui s’enchainent parfois plusieurs jours à la suite. On entend souvent des frustrations quant à l’impuissance des juridictions et l’échec des idéaux politiques.

Le processus démocratique et le droit de vote sont les premières victimes du sentiment d’impuissance des marocains, et ceci ne semble infondé car les candidats aux élections qui promettent un avenir radieux savent pertinemment que leurs rôles se limitent à gérer des décisions politiques prises par l’Etat makhzénien et le grand capital international. Tout ceci n’est satisfaisant, ni pour le citoyen, ni pour le politicien, ni pour la stabilité du pays.

Droit de vote de d'élégibilité
Droit de vote de d’éligibilité

A quoi bon voter alors ? Aucun parti politique n’a présenté un programme crédible où l’électeur puisse trouver son compte ou ce qui s’y rapproche, alors que normalement l’accessibilité, la communication et l’échange autour des programmes électoraux sont une bonne piste de rétablissement du dialogue démocratique. Face à cela, environ 80% de Marocains qui n’y ont pas trouvé réponse à cette question se sont abstenus. Ainsi se sont-ils tus en se pliant à la volonté de plus ou moins 20% qui se sont exprimés.

Ajoutons à cela les ‘’affaires’’ de corruption généralisée qui viennent compléter le sombre tableau. Des candidats paient les électeurs pour gagner des voix. Ces ‘’affaires’’ ne sont pas nouvelles. Elles deviennent publiques, médiatisées, voire exagérée, faute de transparence. Le cadre délétère dans lequel se joue la politique met en péril l’avenir du Maroc. Une phase de réelle épuration semble absolument nécessaire pour pouvoir instaurer le rétablissement de la confiance du peuple et de l’électorat marocains.

Nous constatons qu’il existe aujourd’hui au Maroc une ‘’maladie latente’’ mais progressive qui crée l’islamisme et le facho-obscurantisme. Une grande partie de la population n’entend, n’écoute et ne raisonne qu’à travers les syllogismes populistes de ces derniers.

  • Mais les politiques et les analystes essaient-ils de comprendre les motivations réelles et ressenties des islamistes et des conservateurs, des progressistes et des laïques, des ruraux et des citadins, des oubliés et des nandis ?
  • Tachent-ils de les identifier en vue de créer un échange enrichissant, compréhensif et concret entre ces différentes tranches des populations marocaines ? L’identification, l’interactivité, l’échange et le dialogue ne constituent-ils pas le véritable enjeu de combat contre les extrêmes ?
  • Si les politiques et les analystes ne font pas d’effort pour les comprendre, ces différentes tranches continueront à être ignorées et à s’ignorer, et la frustration augmentera. Les événements du Rif ne viennent-ils pas de nous en donner un exemple concret ?

Donc, malgré tous les obstacles, c’est aux élites politiques et associationnistes, entre autres, d’initier le changement en rencontrant celui qu’ils ne comprennent pas, en établissant le dialogue, maillon par maillon. Bref, les Marocains doivent absolument oser croire en leurs idéaux, car ils ont la chance de vivre là où cela est possible.

Et à ce propos, la raison humaine est impuissante à fonder un quelconque accord substantiel entre les hommes, elle n’a d’autre objet que la recherche d’un accord formel entre des acteurs qui n’ont rien en commun. Ainsi donc, les Marocains en désaccord doivent s’accorder sur des règles du jeu qui leur permettent de vivre dans le désaccord.

Saïd CHATAR

A ce propos abdeslam