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Un autre univers !

Ils n’ont ni bureaux, ni identification fiscale, ni sites, ni adresses. Ils sont partout et nulle part. Quelques uns peuvent disparaître pendant des jours, des semaines, des mois, comme ils peuvent se convertir en statues immobiles posées sur les terrasses des cafés durant de longues journées.

D’autres sont, tels que les requins, en perpétuel mouvement. De Souk d’Barra à Souk Dakhel, à la Kasbah, à l’entrée du port, à café Hafa, ils font des dizaines de kilomètres chaque jour ; ce qui leur assure un très bon entraînement dans les circonstances de « sauve qui peut ».

D’autres encore ont fait du café leur agence, un lieu où le demandeur de leurs services peut les trouver. Ils sont là, chaque jour, 7 sur 7, de 8 heures du matin à 8 heures du soir. Ils ne s’absentent que pour aller, grands fidèles aux rendez-vous avec le muezzin, à la prière dans la mosquée du coin.

Il y a, dans la catégorie des (appelons-les) mondains, les spécialistes du High Courtage, des intermédiaires dotés de tout ce qui leur faut comme bagage, du look, au parler, à la manucure soignée, à la civilité, pour réussir leurs opérations. Ils (ou elles) interviennent dans tout, du casher au haram et du licite à l’illégale. Généralement ils travaillent en réseau, local, national ou international.

Ils vendent, ils achètent, ils troquent, ils font fuir les devises, ils blanchissent l’argent sale… Bref, ils font du clean dans le sens mondain du terme. Et, à leurs heures creuses, ils font une partie de golf ou de bridge en compagnie de ce qui est coté à Tanger comme étant la crème internationale.

Et puis il y a les autres, ceux qui font des kilomètres à pied dans les ruelles de la Médina et qui, tels des renards, guettent et attendent que leur tombe sous la dent une proie. C’est la grande famille des faux : faux guides, faux courtiers, faux rabatteurs au service de fausses pensions et de fausses agences, faux intermédiaires mais vrais pickpockets, faux vendeurs de fausse came. Une vraie fourmilière qui se procure de quoi vivre comme elle peut.

Finalement, il y a les éternels attablés des cafés, des cafés bien connus, qui se sont spécialisés dans le témoignage. Chaque témoignage a son prix. Il y a un tarif bien établi et la grille est aussi large que le détroit de Gibraltar : divorce, mariage, héritage, arnaque (pour le cas des terrains communautaires de la campagne de Tanger), accidents… Dans tous ces cas et d’autres encore, les témoins apprennent par cœur leur texte, ses dates, ses personnages et ses noms des lieux. Ça va de 50 à 10.000 dirhams, ce dernier chiffre étant pour aider un voleur à s’approprier un terrain qui ne lui a jamais appartenu, ni à lui, ni à ses ancêtres.

Bien entendu, les adouls ne sont pas cons, mais du moment que le témoin s’identifie, présente sa carte d’identité et récite bien… Au suivant !

Un autre univers où chacun fait travailler ses neurones – qui sont incapables de travailler autrement -pour gagner son pain quotidien, un pain sale, mais qui reste nutritif.

M. Mrini

DN n° 917: Semaine du 27 avril au 3 mai 2009
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