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La promesse d’espoir du nouveau Régime

Côté cour, le prince Mohammed Ben Salman a été désigné comme héritier de la monarchie saoudienne et qui accédera au trône courant 2018. Depuis lors, l’Arabie Saoudite veut changer sa politique économique mais aussi religieuse. Un pays moyenâgeux en pleine transformation. Le prince veut instaurer un nouveau régime plus « modéré », d’après lui. En tout cas, il y a un nouveau souffle d’espoir au Moyen Orient surtout pour les femmes saoudiennes. Le temps nous confirmera ce qui est en train de se passer dans le monde Wahhabite.

Depuis sa désignation le 22 juin 2017 le prince héritier ne fait pas dans la dentelle. Il paraît qu’il a la volonté de tout chambarder pour faire sortir son pays des ténèbres, deux pour faire de l’Arabie Saoudite un pays sunnite, moderne et ouvert au monde extérieur. Il ne tourne pas autour du pot, il va droit au but, comme un bulldozer il fonce directement vers les milles et une causes qui font de son pays riche en pétrodollars un pays très arriéré dans des coutumes et attardé dans les mœurs et plongé dans un autre temps. Un pays vraiment bizarre, pas de partis politiques, pas de syndicats, pas de vie associative, pas de liberté d’expression, pas de journaux indépendants donc pas de liberté de presse avec un Wahhabisme accablant, exaspérant et opprimant, rendant la femme moins qu’un objet et, qu’il est suspecté par l’Occident d’aider les organisations terroristes.

L’Arabie Saoudite est un pays avec une vitrine moderne, riche et développé. Mais de l’intérieur, un régime pourri, gangrené de corruption à grande échelle, un pays recroquevillé sur lui même, bureaucrate à outrance avec une gouvernance trop centralisé. Pour ne citer que ces problèmes qui ne font que le top de l’iceberg, le Petit Prince aura beaucoup de pain sur la planche.

Md Salman
Md Salman

Sans détour, sans hésiter il limoge son cousin Mohamed Ibn Nayef, il arrête des ministres et des princes impliqués dans la fraude et la corruption, pêlemêle il apporte des changements dans le sport, surtout pour les femmes. Il autorise les femmes à conduire et à participer aux événements divers.

Le jeune prince Mohamed Ben Salman, ancien ministre de la défense, fils favori du Roi Salman est devenu en quelques années l’homme le plus puissant de son pays voir du Moyen Orient. Justement, comme par hasard, après la dégringolade des prix du pétrole, de la guerre au Yémen, en excluant la Qatar, le Royaume Saoudite se trouve à la croisée des chemins. Ennemi juré de l’Iran Chiite, de peur que la Syrie tombe dans les mains des Ayatollahs, l’Arabie Saoudite cherche un nouveau élan avec le nouveau « Lawrence d’Arabie » pour arrimer son pays avec les pays démocratiques. Avec une mentalité moyenâgeuse et tribale, avec des milliers de princes et de princesses très gâtés et à entretenir, un peuple soumis au dictât des gardiens du Wahhabisme, dans un conservatisme orthodoxe coutumier exaspérant, la tâche du petit prince ne sera pas facile.

La dotrine wahhabite de l’Arabie Saoudite est le fruit d’une alliance politico-religieuse, scellée vers 1744-1745, entre un théologien- prédicateur, Mohammad Ben Abdelwahab (1703-1792), et un homme-glaive, chef d’une tribu guerrière, Mohammad Ibn Saoud (1710-1765).

Cette fois-ci la mission et de faire sortir l’Arabie Saoudite du cercle vicieux des crises économiques, politiques, diplomatiques, guerrières et religieuses. C’est sans aucun doute une aventure et une entreprise très risquées pour le régime saoudien mais aussi pour toute la région. Sa politique musclée déclarée, sans doute soutenue par le roi Salman, est claire et nette, par contre sa mise en œuvre unilatéralement laisse beaucoup d’ambiguïté et d’inquiétude. Avant de s’attaquer aux problèmes internationaux il est en train de nettoyer chez soi, mais dans quel but ? D’une pierre plusieurs coups. Préparer sa relève, éliminer les opposants, prendre le leadership, s’approcher du peuple saoudien, mettre de son côté la population féminine, se profiler comme l’homme providence le plus fort tout en renforçant son pouvoir. Sera-t-il un nouveau dictateur moderne ou un larbin de l’Oncle Sam très populiste.

Depuis déjà longtemps, le monde Wahhabite l’Arabie Saoudite était en perte de vitesse. Dans le monde arabo-musulman il y a une vide total en leadership et aucun leader charismatique ne sort de la mêlée après la disparition de Saddam et de Kadhafi. Deux pays lorgnaient le leadership musulman chacun sa manière, le Maroc et la Turquie. Deux pays sunnites en course vers un leadership sunnite, moderne, innovant, tolérant avec un Islam du milieu. Si l’Arabie Saoudite arrive à se débarrasser du clan Wahhabite elle sera la troisième nation en course pour le leadership mondial. A mon avis, si l’Arabie Saoudite continuait sa politique hégémonique avec son Wahhabisme archaïque tôt ou tard sera confronté avec le Maroc et la Turquie. En tout cas, si le royaume saoudien change vraiment de cap, se réconcilie avec le monde sunnite, abolit définitivement le Wahhabisme, mouvement fasciste et ultra extrémiste,  alors elle aura plus de chance d’entrer dans la course. L’Arabie Saoudite à deux atouts majeurs que ni le Maroc, ni la Turquie ne possèdent. La gestion des lieux saints et des moyens financiers faramineux par rapport aux deux concurrents.

En tout cas la purge comme prétendent les occidentaux a été minutieusement préparée. Il a osé s’attaquer à des milliardaires et à des grandes personnalités du pays, les intouchables. Tous les peuples occidentaux veulent combattre la corruption telles les « Panama-Papers » et dernièrement l’évasion fiscale « Paradise-papers ». Même des personnalités mondiales très connues, influentes et puissantes, sont pris la main dans le sac, entre autres, la reine d’Angleterre, la reine de Jordanie, Madonna, Shakira, Bono, Nike, Facebook, Apple Whirpool sans citer des citoyens et des firmes belges. Ce sont des milliards de dollars placés dans des comptes offshores, loin des systèmes de taxation équitables dans des paradis fiscaux. Par contre, les salariés, les indépendants et les petites et moyennes entreprises sont taxés au maximum. Deux poids deux mesures, pratiqué par des pays qui prétendent être les champions de la démocratie et les défenseurs des droits de l’homme.

Une douzaine de pays sont actuellement dans le collimateur de l’Union européenne et la liste de personnalités citées dans les «Paradise papers» s’allonge chaque jour. A mon avis dans un monde libéral et capitaliste, il n’y aura peut être jamais des sanctions et des poursuites parce que tous les pays riches y sont mouillé. En Belgique et ailleurs en Europe il y a un semblant de chasse aux fraudeurs mais ça ce n’est pas une purge et il n’y aura pas de chasse aux sorciers. Mais, si un pays arabe combat la corruption alors c’est une purge. Malgré que, en Arabie Saoudite ces arrestations sont intervenues dans un cadre légal d’une opération anti-corruption.

Dans le monde arabe combattre la corruption équivaut à une compagne de nettoyage politique et l’élimination des ennemis de l’Etat. Seuls les européens ont le droit de combattre la corruption parce qu’elle nuit à l’économie, comme si en Arabie Saoudite la corruption ne nuit personne.

Si l’Arabie Saoudite affirme via son prince un désir de changement, c’est son droit. Alors j’espère du fond de mon cœur que le combat du prince héritier Mohamed Ben Salman est sincère et qu’il agit dans la légalité alors pour moi il incarne vraiment le printemps saoudien. Combattre la corruption d’un côté et combattre le lobby religieux ultra-conservateurs s’apparente à une véritable révolution et pas à une purge. Pour rompre avec le Wahhabisme, la version la plus rétrograde et la plus extrémiste alors il faut avoir beaucoup de courage, de bravoure et de témérité. Le prince a déclaré solennellement et ferment «  Nous n’allons pas passer trente ans de plus de notre vie à nous accommoder d’idées extrémistes et nous allons les détruire maintenant ». C’est la déclaration de guerre à un lobby très puissant avec des tentacules à tous les niveaux de la société, une vraie mafia.

Actuellement au Moyen Orient en train de se transformer, du côté de l’Iran comme du côté de l’Arabie saoudite, on commence à compter les alliés et à pointer du doit les ennemis. Ce sont les USA qui ont bouleversé radicalement l’équilibre fragile du Moyen Orient par leurs agressions guerrières injustifiées pour s’accaparer des richesses pétrolières. Leur unique but était de diviser pour mieux exploiter impunément les ressources en particulier celles des pays arabes.

Depuis lors, des alliances se sont défaites et d’autres alliances se sont refaites. Il y a aujourd’hui l’axe Russie Iran Syrie et l’axe États Unis Arabie saoudite (et un peu le monde sunnite). Pour le moment c’est la règle binaire qui s’installe doucement mais sûrement «Tu es avec ou contre moi». Pour des raisons internes et à cause du problème kurde Erdogan n’a pas encore choisi son camp, mais il penche vers Poutine parce l’Europe lui tourne le dos et parce que les USA lorgnent vers les Kurdes. Le Maroc hésite encore de couper les liens avec ses alliés traditionnels tels le Qatar tout en ménageant l’ogre saoudien. Y aura-t-il une guerre pour le leadership du Moyen Orient personne ne le sait et espérons que non. En tout cas les ambitions d’un côté comme de l’autre s’expriment déjà plus ou moins politiquement et militairement.

En tout cas, quoi qu’on dise j’espère que le prince Mohammad soit le messie salvateur et réformateur pour faire sortir la société saoudienne médiévale et la faire entrer dans la modernité.

Ceci étant dit, c’était mon point de vue optimiste et plein d’espoir pour un peuple qui a souffert pendant deux siècles. Coté jardin, il se peut que Md Salman n’est qu’un tsunami ravageur qui lutte contre des adversaires pour asseoir et consolider son pouvoir absolu. Ou un tsunami dévastateur éliminant tous les obstacles pour concentrer tous les pouvoirs.

Depuis la défaite des Ottomans, dans le monde arabe nous avons connu plusieurs expériences les unes plus amères que les autres. Nous avons connu un tas de leaders et de libérateurs entre autres comme Nasser, Kadhafi, Saddam Hossein, Hafez el-Assad, Bachar el-Assad, Habib Bourguiba, Zine-El-Abidine Ben Ali, Anouar el-Sadate, Hosni Moubarak et Abdel Fatah al-Sissi. L’histoire s’est répétée à chaque fois de la même manière et à chaque fois elle a terminé de la même façon, un régime dictatorial et tyrannique. Leurs seuls objectifs non déclarés, le pouvoir absolu et l’instauration de la dictature.

A chaque fois les peuples arabes avaient de l’espoir et à chaque fois grande fût leur déception. Même le printemps arabe a été détourné et n’a profité qu’aux charognards et aux vautours. Alors, va-t-on assister en direct à la métamorphose de l’Arabie Saoudite médiévale en un régime dictatorial avant-gardiste, riche et moderniste. La guerre non déclarée entre d’un côté l’Arabie Saoudite et  l’Iran et de l’autre entre les USA et la Russie ont provoqué des milliers de victimes partout au Moyen Orient. En tout cas ces guerres intermédiaires par procuration tels le Yémen, la Syrie, l’Irak et peut être prochainement le Liban, on continue à s’entre-tuer et à démolir ce qui reste de l’infrastructure tout en obligeant des peuples à l’exil. Malheureusement, on ne voit pas encore le bout du tunnel de l’horreur.

Malheureusement, à notre niveau en Belgique et ailleurs, on n’a pas encore intériorisé les défaites successives des Arabes et on n’a pas retenu de leçons. Nous avons parmi nous, hélas encore, une petite minorité d’énergumènes, d’exaltés et d’excités très pressés, des opportunistes et arriviste prêts à tout pour arriver à tout prix à marcher sur nous, à nous représenter, à nous manipuler, à nous bousculer, à nous impressionner, pour atteindre leur but, celui du profit et du lucre. Leurs seuls objectifs, le gain et le pouvoir par tous les moyens. Depuis les années soixante nous avons connu des dizaines et des dizaines. Aujourd’hui, ces ambitieux sans scrupules, sans dignité, avides, affamés et assoiffé de gain et de pouvoir, comme toujours vous promettent merveilles et paradis et se présentent comme des anges. Soyons vigilants et attentifs en Belgique, ailleurs en Europe mais aussi dans nos pays arabes respectifs.

Sarie Abdeslam

Au fond nous n’avons pas besoin de leaders. Surtout refusons les leaders imposés d’une manière ou d’autres. Refusons les leaders importés. Et, si nous avons quant même besoins d’un leader, alors nous devons le choisir nous mêmes par le suffrage universel. Pour avoir un vrai leader nous avons auparavant besoin entre autres de plus de démocratie, de liberté d’expression, de liberté de choix, de justice, de paix, d’égalité, d’indépendance, de pluralisme, de droit et de dignité.

A ce propos abdeslam