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Mineurs marocains errants en Europe

La Bombe à retardement attendue

INTRODUCTION

Choqué…Une vidéo montrant des scènes de violentes circule depuis quelques jours sur la toile. Elle montre 8 policiers espagnoles, sur l’ ile de Las Palmas, entrain de tabasser 6 mineurs marocains , dans un local où ils les ont séquestrés, jusqu’ à les mettre à plat ventre et parterre. Ces enfants qui criaient de douleur en suppliant les policiers aux cris de : « Policia, Policia, hermanos, hermanos… ». Rien n’y fait. Quelle horreur, c’est insupportable. Cette vidéo semble être filmée, à leur insu, par des voisins en haut d’un balcon. Sinon jamais nous l’aurons su, ni vue…

Voila comment le Droit des enfants, le Droit International et le Droit Européen sont respectés et mis en application par les autorités espagnoles.

C’est horrible, insupportable et condamnable. Et il faut qu’une enquête soit ouverte contre ces policiers et qui doivent être immédiatement sanctionnés.

Origine du phénomène :

Le phénomène des enfants abandonnés et errants dans les rues au Maroc ne date pas d’aujourd’hui. Il trouve son origine dans les années 80 du siècle dernier, suite à des évènements graves et profonds qu’a connu la pays. Les inégalités sociales suivies par de longues périodes sécheresses successives et la hausse du niveau de vie avaient provoqué de grandes immigrations et des mouvements des populations des campagnes vers les centres urbains du pays. Ces déplacements ont eu pour conséquences l’émergence de banlieues paupérisées, des villes-villages dépourvues de toute infrastructures de base, un taux de pauvreté et un chômage élevés, l’éclatement des cellules familiales, les crises d’identité et toutes leurs conséquences…

Ensuite, depuis les années 90 du siècle dernier, quelques associations infortunées, issues de la société civile marocaine, commençaient à pousser des cris d’alarme et à alerter l’opinion publique et les autorités compétentes sur ce grave problème. Notamment dans les villes de Fès, de Casablanca et de Tanger, où le phénomène des enfants des rues devenait croissant et visible.

A l’approche de l’an 2000, leur nombre était déjà estimé à environ 40.000, à travers tout le pays. Et rien que dans la région du Nord du pays, ils étaient estimés à 29.000, selon des études de terrain faites à l’époque par une équipe de travailleurs sociaux de terrain, durant une année. Etude qui l’a amené à rendre visite à des centres d’accueil des enfants mineurs qui avaient émigré clandestinement en Europe, notamment à Madrid, Paris et Marseille (été 1999 et hiver 2000). La réponse des autorités compétentes était le black out et la négation du phénomène. En 2011, quand la nouvelle ministre de la famille, nouvellement nommée, était interpellée sur la question, elle tombait des nus et ne savait pas quoi répondre. Depuis, les choses n’ont guère changé.

Le Nord du Maroc (Tanger, les environs des villes de Cebta et Melilia) attirait et attire toujours la plupart de ces enfants errants. C’est là que se trouvent des points (des ports) de transit vers l’Europe, qui attirait tant les enfants, les jeunes et tous les candidats à l’émigration clandestine qu’on surnomme le « HRIG ». Ces enfants avaient tous comme but de traverser le détroit de GIBRALTAR, en vue d’une vie meilleure.

Plusieurs études et enquêtes, suivies de multiples reportages et films relatant le phénomène ont eu lieu, en vue d’attirer l’attention des autorités par ce drame. Elles estimaient que c’était une bombe à retardement qui éclatera un jour ou l’autre, si on n’y faisait pas face. Et c’est ce qui est arrivé, 10 ans, 20 ans après et cela continue. Aucune politique sérieuse, aucun plan de travail, pour l’endiguer n’ont vu le jour.

AUJOURD’HUI, presque tous les pays européens découvrent ce phénomène sur leurs territoires et qui croisse de jour en jour, sans savoir comment y faire face. Ni l’Espagne, la France, la Belgique la Hollande, l’Allemagne, la Suisse, la Suède ou l’Italie ne sont épargnés.

L’accueil de ces mineurs et leur traitement :

De l’Espagne jusqu’à la Suède, en passant par la France et la Hollande, si l’accueil de ces mineurs est globalement satisfaisant, le reste laisse à désirer (soins, éducation, scolarité, insertion sociale, etc.).

Espagne : dans les villes de Cebta (plus de 560 enfants mineurs comptabilisés en date d’avril 2020) et Melilla (plus de 400 enfants mineurs), dans les Iles Canaries ( des centaines, chiffres inconnus officiellement), à Madrid et à Barcelone, le nombre de ces enfants ne cesse d’augmenter et frôle un total d’environ 10.000 (en date d’avril 2020). Ce flux continue, avec en moyenne une centaine par mois. Plusieurs vidéos montrant la traversée de la mer de ces jeunes et adultes (avec des clandestins d’Afrique Subsaharienne) qui échouent sur les plages espagnoles circulent sur le web ; Ce qui est malheureux, c’est l’expression de joie de ces jeunes, une fois arrivés ; à destination, plus ou moins indemnes ; Comme s’ils avaient fui le calvaire…

France : (Marseille et Paris principalement concernées). Selon un rapport de la Mission qui s’occupe de mineurs non accompagnés, 16.760 mineurs étaient déclarés sur le territoire, entre le 1 janvier et le 30 décembre 2019, dont plus d’une bonne moitié étaient des marocains. Déjà en 2016, 8.054 mineurs étaient recensés, toujours avec une majorité de marocains. Et ces mineurs, pour la plupart, étaient touchés par la délinquance, les agressions, les additions aux drogues, etc. Selon eux, cela est dû probablement, en avant au Maroc, aux longues périodes d’errance dans les rues du pays.

Hollande : en 2019 et selon l’agence Centrale pour l’accueil des demandeurs d’Asile et des refugiés (COA), 16.000 enfants mineurs et demandeurs d’asile, ont disparus des centres où ils étaient accueillis, durant les 4-5 dernières années, parmi lesquels 325 enfants marocains. Les raisons évoquées est que ces jeunes sont partis rejoindre leurs familles et leurs amis en Allemagne, en Belgique ou en France. Mais des doutes persistent. Plusieurs de ces enfants ont été vus dans le pays en train de faire des commissions, des courses ou d’exécuter d’autres occupations. Ils ont été probablement récupérés par des réseaux de traite et d’exploitation humaines. La plupart de ces enfants proviennent en plus du Maroc, de l’Algérie, d’Afghanistan, d’Albanie, d’Erythrée, de Syrie et du Vietnam.

Nouveau visage de l’immigration ?

Aujourd’hui le Maroc devient de plus en plus, non seulement un pays d’émigration, mais aussi un pays d’immigration. Selon un reportage de France Info, en date du 28.01.2019, 20.000 mineurs marocains ont émigré vers l’Europe. Et ce dernier devient aussi un pays de transit et d’installation de mineurs en provenance d’Afrique Subsaharienne.

C’est un nouveau visage que prend l’immigration Sud-Sud et Sud-Nord. Il faut donc en tenir compte dorénavant. Ces enfants et jeunes, même refoulés vers leurs pays d’origine, retenterons toujours de revenir, malgré toutes les difficultés. Aguerris, expérimentés et renforcés les tentatives réussies des autres, ils ne sont pas prêts de s’avouer vaincus.

C’est pourquoi, les organisations et les ONG de la société civile ainsi que les autorités officielles, doivent se mobiliser d’avantage et mettre les moyens nécessaires, pour trouver des solutions aux raisons même de ce phénomène qui ronge profondément la société et met en péril son futur.

INEDIT : les enfants mineurs sont âgés entre 12 et 17 ans.

Pour les marocains, la quasi-totalité sont masculins. Rares sont les filles mineurs qui sont recensées

Ce phénomène des enfants mineurs est inédit pour l’Europe depuis 2017, selon les déclarations des autorités. Mais selon les associations qui accueillent ces mineurs et les travailleurs sociaux et de terrain, cela dure depuis plus de 20 ans. Avec son faible arsenal d’accueil, l’Europe peine à trouver des solutions adéquates. Elle est prise de cours face à la lourde tâche que cela nécessite, en termes d’accueil, de soins, de scolarité, de formation et d’insertion,…

Quant aux accords bilatéraux avec la Maroc (France, Espagne, Hollande) pour refouler ces mineurs et les renvoyer dans leur pays d’origine, des voix s’élèvent pour dénoncer l’arbitraire.

Un enfant ne devrait jamais être éloigné de force » clame une association française d’aide juridique aux exilés , le GISTI, face à l’accord contre entre la France et le Maroc, sur l’éloignement des mineurs, signé le 07.12.2020. Cette association s’inquiète des possibles « mesures autoritaires » d’éloignements. Quel sera leur sort au Maroc, se demande-t-elle ? Surtout que le retour de ces enfants se fera sans leur consentement et sans l’avis de leurs familles. En plus, l’usage de la force est envisagé. « C’est une nouvelle invention d’une mesure d’éloignement spéciale pour les mineurs » selon l’avis de cette association. Et cette meure, si elle ne cible que les enfants marocains, au départ, il est à craindre qu’elle puisse être étendue ensuite à d’autres pays. Pire, cet accord prévoit la possibilité de dénonciation des faits commis en France par ces enfants, aux autorités marocaines, « aux fins de poursuite». C’est ainsi qu’un accord d’assistance éducatif donnera aussi le droit de dénonciation des faits commis en France, en se reportant sur la justice marocaine, sachant que celle-ci n’intervient qu’en matière pénale (et non éducative). Quelle garantie donc le Maroc donne en matière de protection de l’enfance ?

Cet accord enfin laisse à désirer et est loin d’être équilibré. Notons au passage que lors de sa signature, le ministre marocaine s’est présenté tiré à 4 épingles, comme s’il venait assister à une soirée de Gala Hollywoodienne.

Un pays comme le Maroc, qui se vante d’être attrayant (pour le tourisme et les investissements), et qui loin de l’être pour ses enfants mineurs (qui errent hors du pays au lieu d’être dans les écoles, les centres de formation et leurs familles), doit rester humble. Il doit aussi revoir les copies qu’il a signées. Celles reconnues internationalement et qui concernent la Protection de l’Enfance et leurs Droits. En n’oubliant pas de les mettre en application.

Mahou Ahmed

Bruxelles le, 8 mars 2021

Ahmed Mahou.