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Lettre ouverte à M. Mohamed AMEUR

M. Mohamed Ameur,
Ambassadeur de S.M le Roi du Maroc
auprès du Royaume de Belgique

En réaction à votre intervention du 20 janvier 2017 relative aux différents projets que vous comptez mener à bien avec la communauté marocaine résidant en Belgique, permettez-moi, Monsieur l’Ambassadeur, de vous rappeler qu’à l’exception des imams et des étudiants d’origine marocaine, vous n’avez cité à aucun moment les mouvements associatifs de la diaspora marocaine et le rôle nécessaire qu’ils pourraient jouer dans le processus de la réalisation de ce que vous avez l’intention de faire.

Dans votre discours, vos propositions qui ont retenu mon attention, dévoilent des desseins nobles et ambitieux s’articulant autour de trois priorités qui consistent grosso modo : d’abord à promouvoir, à amplifier les relations bilatéraux qui sont déjà excellentes entre nos deux royaumes, la Belgique et le Maroc, et à les développer encore plus dans le domaine économique ; ensuite à accompagner la diaspora marocaine de Belgique pour l’aider à s’intégrer dans la société du pays d’accueil dont l’Etat est neutre  et où les religions abrahamiques sont en principe mises sur le même pied d’égalité, puis renouer le dialogue et l’échange avec les étudiants marocains en Belgique pour les sensibiliser sur les questions liées aux intérêts de leur pays d’origine ; et enfin la troisième priorité qui concerne l’intégrité territoriale pour laquelle vous avez rendu un grand hommage à la communauté marocaine de Belgique pour les grands efforts qu’elle fournit pour défendre le Sahara marocain. Vous lui avez rappelé également à ce sujet de faire preuve de vigilance et de continuer à mettre à nu les mystifications de ceux qui veulent déstabiliser le Maroc en l’amputant de ses racines subsahariennes.

Toutefois, je tiens à signaler à votre excellence que la cause nationale marocaine est constituée d’un ensemble qui doit être défendu dans le cadre d’une stratégie globale de diplomatie ‘’publique-parallèle’’ bien définie. En effet, cet ensemble comprend : la situation politique actuelle au Maroc et le processus démocratique en cours, le processus de l’intégrité territoriale et de l’intégration sociale, si intégration sociale il y a. Car à ce sujet, le Maroc a choisi pour toutes ses régions y compris le Sahara, la croissance exclusive aux dépens de la croissance inclusive. La plus grande partie des richesses du royaume du Maroc est détenue par un petit nombre de puissantes familles, de nouveaux parvenus et de ‘’trabendistes’’.

Monsieur l’Ambassadeur,

Si vous envisagez de faire des projets en Belgique sans faire appel à l’associationnisme marocain, même avec les meilleures intentions du monde, tous vos efforts seront voués inéluctablement à l’échec. Ainsi donc, malgré la situation problématique oh combien complexe et compliquée (voir plus loin) dans laquelle se trouve l’associationnisme de la communauté marocaine en Belgique en général et à Bruxelles en particulier, il est préférable, voire primordial, d’impliquer celle-ci à travers ses associations, dans ce que vous allez entamer dans tout ce qui la concerne de près ou de loin, et ce en recourant, non pas à des démarches fondées sur des approches exclusives et technocratiques, mais plutôt et surtout sur des approches inclusives et participatives.

C’est pourquoi, j’ai le plaisir de vous faire parvenir dans la suite de ces lignes, mon point de vue sur la diaspora marocaine de Belgique, et plus particulièrement celle de Bruxelles, que j’avais écrit il y a quelques années déjà…

Je vous souhaite une bonne santé, beaucoup de courage et de persévérance, et espère que tout se passe à souhait.

Respectueusement.

CHATAR Saïd

La diaspora marocaine à Bruxelles

Ci-dessous quelques commandements de sabotage auxquels obéit aujourd’hui la diaspora marocaine de Bruxelles pour tuer des associations ou des organisations créées par la communauté marocaine :

  1. Ne venez pas aux réunions
  2. Si vous y venez, arrivez toujours en retard
  3. Critiquez toujours le travail des dirigeants
  4. N’acceptez aucune responsabilité
  5. Ne faites jamais aucune suggestion
  6. Après une réunion, expliquez comment les choses auraient dû se faire
  7. Faites-en le moins possible et lorsque quelque chose se fait, dites que l’association ou l’organisation est aux mains d’une « clique »
  8. Payez votre cotisation le plus tard possible
  9. N’amenez jamais aucun adhérent nouveau
  10. Ne proposez jamais un article de vous

Bruxelles, capitale européenne où siègent les institutions européennes, l’OTAN, un grand nombre d’organisations internationales et plus de 7000 journalistes, est un centre stratégique incontournable pour la diplomatie et le lobbysme internationaux. Les gouvernements européens et autres y accréditent leurs meilleurs diplomates et leurs stratèges les plus chevronnés.

Avec l’élargissement de l’EU aux pays de l’Est, passant ainsi de 15 à 27 et ensuite à 28 membres (avec la Croatie), Bruxelles, où les ‘’ intelligences ‘’ du monde entier construisent les stratégies d’intérêts et anticipent sur les évènements internationaux, est devenue aujourd’hui aussi importante que la capitale américaine, Washington D.C, sur le plan des décisions par rapport aux sorts géopolitiques et aux paradigmes que les grandes puissances veulent imposer aux peuples à l’échelle planétaire. Cette situation exceptionnelle de confrontation d’intérêts qu’offre la Belgique au reste du monde a donné naissance dans la société civile à un nombre incalculable d’associations de toutes sortes qui viennent en appui au travail diplomatique et politique de leurs pays d’origine.

Parmi les associations les plus actives, nous trouvons celles qui interviennent souvent dans la vie interculturelle et religieuse. Les associations des ‘’professionnels ’’ soi-disant musulmans en liaison avec certains pays arabo-musulmans, organisent régulièrement des débats sur la diversité culturelle dans la vie professionnelle, sur des thèmes consacrés à la place de la religion dans les sociétés européennes et occidentales, dans le monde du travail (discrimination à l’embauche, etc.). Bref, il ne se passe pas un jour où les débats sur la question des musulmans en Europe ne se tiennent dans tel ou tel centre culturel, ou centre d’études. On y trouve même des associations qui s’intéressent à la défense des homosexuels et de l’égalité des sexes dans l’armée… D’autres types d’associations occupent ouvertement l’espace de la politique au profit des pays qui les soutiennent.

A ce propos, Il n’est pas inutile de rappeler que les associations formées par la communauté d’origine marocaine en Belgique, plus particulièrement à Bruxelles, restent faibles du fait de leurs difficultés internes et externes. En ce qui concerne les premières, à côté des actions de sabotage mentionnées au début de cet article, il y a également l’incompétence, l’égoïsme ou le nombrilisme, l’incohérence et l’action dans la dispersion. Quant aux difficultés externes, la complexité institutionnelle de l’État fédéral belge composé d’un grand nombre de centres de décision, et la multiplicité des structures budgétivores mises en place par le gouvernement de Rabat (le C.C.M.E, la fondation Hassan II, le ministère des M.R.E, etc.) pour soi-disant aider et soutenir la diaspora des marocains du monde afin de pouvoir faire face aux difficultés auxquelles elle est confrontée, ne facilitent évidemment guère la tâche à l’associationnisme des ressortissants d’origine marocaine. 

Et en dépit de leurs mobilisations çà et là sur certaines questions qui sont souvent de second ordre, les mouvements associatifs de Belgique animés par la communauté d’origine marocaine sont à la manque. Elles se sont montrées en général incapables de remplir pleinement leur mission d’insertion ou d’intégration de la diaspora marocaine dans la société belge, de sa participation citoyenne, de défendre efficacement le dossier de la cause nationale du Maroc auprès des instances européennes et internationales, et de convaincre les entreprises étrangères à investir au Maroc. Malheureusement, pour ce qui est des investissements au Maroc, la diaspora marocaine des M.D.M et ses partenaires économiques tombent presque toujours en butte aux obstacles bureaucratiques et aux traquenards que leur tendent l’oligarchie et la féodalité trabendiste qui détiennent les pouvoirs économiques au Maroc ?

Par ailleurs, la Belgique a réussi à faire de sa diversité une richesse et de sa capitale Bruxelles où vivent plus de 80 nationalités différentes, une ville cosmopolite. Elle offre dans les limites légales, un large champ de liberté d’action pour les mouvements associatifs de toutes les communautés étrangères vivant en Belgique. Et la défectuosité des associations de la diaspora des marocains est due en grande partie à l’absence de contacts sérieux entre cette dernière et le corps diplomatique marocain à Bruxelles (mis à part les ‘’bargagas‘’). Ce ratage est provoqué aussi par un manque de solidarité entre ces associations qui s’activent de manière fragmentaire et désarticulée.

Ces échecs n’appellent-ils pas les associations à s’organiser, à recoller leurs débris en agissant de concert par des approches coordonnées, intégrées, multisectorielles et à structurer avec

la société civile du pays d’accueil et celle du Maroc d’une part, et le corps diplomatique d’autre part, des rencontres et des dialogues sous forme de projets à réaliser à court, moyen et long terme, d’abord au bénéfice de la diaspora marocaine et ses partenaires économiques étrangers, et enfin à celui des deux royaumes, la Belgique et le Maroc.

Saïd CHATAR

s.chatar@hotmail.fr

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