Dépêches
Un vrai civisme à Casablanca
Un civisme exemplaire à Casablanca

L’éducation médicale

Troisième et dernière partie :
Pour une faculté de médecine ouverte et réceptive

Said Chatar

Il nous incombe plus que jamais de tenter de faire sortir la faculté de médecine de l’isolement dans lequel elle reste encore confinée. Les facultés de médecine doivent  présenter aux médecins praticiens des informations périodiques, sous la forme de « recyclages » ; mais il faut en même temps provoquer des flux d’information partant des médecins vers les facultés. Celles-ci sont peu conscientes du profit que pourrait tirer la médecine hospitalière d’un dialogue avec les médecins, et de l’intérêt que l’on peut provoquer chez les étudiants en amenant les praticiens dans leurs auditoires, ainsi qu’en organisant des stages d’étudiants chez ces praticiens.

Par ailleurs, à l’intérieur de l’université, la faculté de médecine devrait traverser le mur d’indifférence qui l’enveloppe. L’énorme foule des lycéens qui se présente à la porte des facultés de médecine pose des problèmes importants. Et toute tentative d’aider à faire un tri parmi cette foule sera bénéfique : les facultés de médecine pourraient notamment rendre visite aux lycées, aux collèges, par le biais de professeurs et d’élèves infirmières, d’élèves pharmaciens, d’élèves médecins, d’élèves dentistes…, qui décriraient leur vie.

Quant à l’éducation sanitaire que nous avons traitée précédemment, elle devrait également se fonder sur le fait qu’il faut, pour enseigner, connaitre son public, et que par conséquent, les mass médias devraient organiser leurs programmes en fonction des questions et des problèmes formulés par la population.

Enfin, en dehors de l’université, les échanges d’information entre médecins, ou d’infirmiers (es) à médecins, sont aujourd’hui nuls. Or il y a là une source d’éducation continuée de l’adulte : la médecine de groupe, les centres de santé seront des écoles de médecine en miniature, dans la mesure où le dossier médical commun, la discussion sur le cas des malades communs, la possibilité de petites enquêtes épidémiologiques sont autant de supports concrets de l’éducation (voir nos articles précédents).

Propositions

Pour le Maroc, Il serait utile de procéder à la promotion de la création d’un centre national de recherche en éducation médicale qu’il faudra adjoindre aux facultés de médecine et aux écoles d’infirmiers (es). Ce centre pourrait démarrer sur des bases même modestes, avec un nombre limité de pédagogues, de médecins et d’infirmier(es), dont l’un au moins travaillerait à plein temps, en dirigeant une recherche véritablement collective, dans un bureau qui servirait effectivement de lieu de rencontre aux chercheurs du groupe. Ceux-ci pourraient être disséminés dans différentes universités du pays.

Le centre prendrait par exemple en charge une description de la situation problématique : fréquence des maladies, enquêtes auprès des médecins généralistes, avec pour résultat premier d’entrainer les professeurs à expliciter de façon concrète leurs buts, et de les renseigner de façon plus réelle sur la vie extra-universitaire. Le problème est de convaincre les universités de l’utilité d’un tel centre. On peut accumuler les arguments destinés à prouver que, par des expériences, on pourrait arriver à augmenter l’efficience des facultés de médecine et la qualité du personnel médical. Ainsi y aura-t-il plus de chances de convaincre par l’exemple, dans la mesure où, en l’absence de tout département d’éducation médicale, des groupes d’enseignants jouiront d’une autorité suffisante pour tenter des expérimentations.

Dans le cadre des activités de ce centre de recherche en matière d’éducation médicale, des groupes restreints pourraient s’assigner des tâches bien définies : les moyens d’introduire certains contacts entre malades et étudiants dès le début des études ; la revalorisation des consultations externes des hôpitaux universitaires et des stages dans ces consultations, pour que l’étudiant rencontre des maladies banales, l’étude des avantages et des difficultés que représentent les stages d’étudiants auprès des médecins praticiens ; la définition des noyaux communs à différentes professions médicales, pour la détermination des activités pédagogiques communes ; l’exploitation plus poussée du dossier médical pour les étudiants  et pour les praticiens. Ceux-ci pourraient recevoir photocopie ou communication du dossier médical complet, ils auraient à le renvoyer rapidement avec un commentaire prouvant qu’ils y ont prêté attention. Ce commentaire devrait porter à la connaissance des universitaires (feed-back) des détails psychologiques ou sociaux, ou bien un élément de l’histoire antérieure du malade ainsi que certaines questions sur la raison de tel acte ou l’interprétation de telle analyse.

Ce procédé qui est coûteux en temps, apparaitra moins irréaliste si on le prend pour base de l’éducation continuée du médecin ; dans ce cadre, il pourrait recevoir l’appui en personnel et en moyens financiers que les divers organismes doivent accorder aujourd’hui au « recyclage » des cadres médicaux et infirmiers(es).

Ce centre de recherche en éducation médicale va constituer une sorte de « Think tank » qui sera doué d’imagination autant que d’esprit critique et j’ai bien dit, sera, car ce que nous proposons n’est pas utopique.

Saïd  CHATAR