Dépêches
Je te connaissais grand défenseur des droits humains en Algérie, un peu comme Tahar Benjelloun ; je te savais militant de la cause des pauvres alors que le Maroc te pourchassait, dans les années 70.

LE TON DU MAROC

LE TON DU MAROC
C’est grave docteur !

Lettre à Driss, à Driss EL YAZAMI

La movida marocaine dans une bouteille d’eau de Cologne.

La sauce aurait pu prendre si je ne t’avais pas vu, tout blanc vêtu et tout propre sur toi, couvert des ustensiles indispensables de la bey’a.

Je te connaissais grand défenseur des droits humains en Algérie, un peu comme Tahar Benjelloun ; je te savais militant de la cause des pauvres alors que le Maroc te pourchassait, dans les années 70 ; je t’ai fréquenté alors que tu soutenais efficacement Said BOUZIRI (mort le 23 juin dernier inutilement alors que la vie le protégeait et que nous avions encore besoin de lui), fondateur de « Sans Frontières », de « Baraka » et de la belle « Génériques ».

J’allais oublier le Mouvement des Travailleurs  Arabes!.

Sincèrement je n’appréciais pas l’homme privé mais je me dois de reconnaître ton utilité dans ce combat honorable des sans papiers (années 70/80/90) pour une régularisation légitime. Et dans celui de l’histoire de l’immigration.

Une fois que tu as pris ta carte de la très honorable LDH et accepté d’être encarté dans d’autres structures que je n’aurai pas fréquentées, de part ma nature, j’ai commencé à ne pas te comprendre. Tes engagements nous ont valu quelques désagréments parce que je ne saisissais pas que tu choisisses la France avant le Maroc. C’est ainsi que j’avais compris ton engagement si peu perceptible à l’ASDHOM et si fort à la LDH, alors qu’il s’agissait de défendre la cause de détenus d’opinion au Maroc, opprimés, torturés et assassinés par le régime de Hassan II. Le même régime que tu sers aujourd’hui avec dévotion.

Je me rappelle l’histoire du livre blanc (années 80) sur la répression politique au Maroc et je t’entends encore me dire qu’il vaut mieux respecter la ligne et la tradition de la LDH (selon toi la LDH se devait de conduire le livre blanc et maîtriser l’expertise et la direction de l’ouvrage dont un des dirigeants n’est pas n’importe qui : l’honorable Amiral SANGUINETTI) et ignorer dans les faits d’autres structures comme le CEDETIM et les organisations marocaines. Le livre blanc que l’ensemble des organisations réunies autour de la situation au Maroc avaient contribué à confectionner était de qualité mais sa mise dans le circuit a été un flop. Quel grand dommage !

Je me rappelle encore et plus récemment le rôle que tu as joué et que tu persistes à jouer au sein de la LDH et surtout au sein de la FIDH et du REMDH.

Pourquoi tiens-tu tellement -et au risque de te ridiculiser- à te faire « élire » dans des instances honorables alors que ton engagement politique est ailleurs, à mille lieux des principes de ces organisations. Ce don d’ubiquité est assez rare pour être relevé. Tel un homme de marbre tu restes serein et ce marbre qui te sert de bidet semble te convenir.

Seras-tu capable aujourd’hui de dénoncer les nombreuses atteintes aux droits humains commises par le régime que tu côtoies ? La réponse est non parce que ta responsabilité « gouvernementale » ou « royale » t’oblige à un droit de réserve. Quoi qui troublera nos consciences et celles des démocrates te verra insensible (au moins en apparence) , droit dans tes bottes, silencieux (au mieux). J’imagine que tu es déchiré et que la vie que tu as acceptée n’est pas un long fleuve tranquille.

Sauras-tu mentir, anéantir et te réconcilier avec le diable ? Je veux répondre à ta place NON mais ces conditions de servilité sont obligatoires pour accéder au bien-être d’ici-bas. Tu as choisi de te ranger aux côtés des Herzenni et autres pontes et mandarins de la nouvelle gouvernance. La schizophrénie semble vouloir te fréquenter ! Alors attention : laisse-toi aller où tu voudras mais ne mélange plus les genres. Sache que tu es un homme du pouvoir marocain et plus jamais un défenseur des libertés. Tu as changé de fonction et tu ne veux pas l’admettre. Si cette situation perdure (alors qu’elle ne le devrait pas) tu perdras tous tes amis. Mais me diras-tu : tant que je serai protégé par Ali EL HIMMA et consorts je ne crains plus rien sauf….

Dans cette course à la reconnaissance tu joues vite et mal avec un sens politique d’une chauve souris.

Ta traversée de l’autre Maroc durera le temps de ton épuisement car chez notre Makhzen le citoyen n’a plus de valeur. Et je veux espérer que tu revendiqueras ta citoyenneté coûte que coûte…Au prix de ta dignité.

Revenons à ta movida à la sauce makhzanienne.

Wikipedia donne une définition plus originale et plus réelle de la movida.

Je la soumets en précisant que notre pays est toujours sous le joug de la constitution hassanienne et que notre royaume n’est pas dirigé par un Juan Carlos.

« La Movida (Movida madrileña) est le nom donné par certains auteurs au mouvement culturel créatif qui a touché l””ensemble de l””Espagne pendant la fin de la période de la transition démocratique espagnole, au début des années 1980, après la mort du général Franco. » http://fr.wikipedia.org/wiki/Movida

Je te cite :

« C’est en premier lieu cette liberté de ton que l’on doit reconnaître. Elle se manifeste aussi dans la société civile comme dans une presse variée et dynamique. »

« Ce sont ensuite trois réformes essentielles qui ont pris en compte des problématiques centrales pour un Maroc en transition : le pluralisme ethno-culturel, l’égalité des genres et les droits de l’homme. ». Le Monde du 27/07/09. »

Le commentaire que je commettrai ne sera pas long car d’autres citoyens qui ont choisi la défense de la liberté ont déjà apporté les réponses.

Les événements d’Ifni, de Marrakech, de Khénifra, les affaires Bellirej, TelQuel, Nichane….ne participent pas de la dynamique que tu décris. Soit que tu as décidé de fermer les yeux et laisser couler l’eau sous les ponts soit tu es « partie absente » dans la répression de « ces énergumènes » qui dérangent l’establishment.

Je ne sais pas si tu apprécies la presse dynamique qui paie cher ses choix éditoriaux et je ne sais pas pourquoi tu ne participes pas à son éclosion en commettant des articles et des points de vue qui dérangent les lignes rouges. Elles existent toujours ces lignes rouges qui interdisent à quiconque d’insuffler un air de contestation du moment que le régime est égratigné. Ce n’est pas la movida mais la Corrida !

Pourras-tu penser fort que tu ne supportes pas les articles 19 et 23 (tu vois que je reste modéré) de la Constitution et que tu n’as rien compris aux dernières élections communales où l’argent était roi.

Le Wali de Marrakech qui a appliqué les ordres reçus et qui s’est retrouvé à Rabat du jour au lendemain aurait pu emporter ta sympathie. D’autres Walis et gouverneurs ont risqué leurs postes et privilèges. Un homme est derrière tout ce chamboulement : il fait et défait les princes provinciaux. Et pourtant personne (en haut lieu) n’ose le titiller. Cet homme tu le connais mais je ne t’ai pas entendu lui transmettre tes réprobations. Monsieur Ali est très fort. Pas Lmrabet. Pas Fkir. Mais monsieur l’encensoir : Ali EL HIMMA.

As-tu rendu visite à l’AMDH pour quémander des informations qui t’auraient échappé ? Et pourtant cette belle organisation a des tonnes de documents à mettre à ta disposition….Le temps a dû te manquer !

Mais tu auras manqué des informations fort utiles sur l’état du Maroc de ta Movida sin vida.

Tu aurais pu aussi fréquenter quelques minutes des personnalités reconnues pour leur dignité et pour leur professionnalisme. Juste pour te mettre au courant de l’état désastreux de ton pays. Et pouvoir rattraper ton retard. Tu en connaissais un tas…

Tu aurais pu aussi consulter nos amis de la FIDH, fort informés et en général compétents.

OU ALORS TU SAVAIS TOUT. ET TU NE VOULAIS RIEN SAVOIR ! BASTA.

Tu peux démentir ce que j’avance mais je reste confiant et ce n’est pas un procès qui réglera nos démêlés. Tu as le pouvoir avec toi et la force de te « re »faire vierge. Et moi, j’ai et je garde ma dignité et ma fureur de vivre. Libre.

S’il te plaît cher Driss,

Démissionne du CCDH et du CCME et redevient un homme libre et respecté.

Dans le cas contraire, je veux te conseiller de quitter les organisations dont le rôle est la défense des droits de la personne. Démissionne de la FIDH et du REMDH. Même à regret.

Tu ne peux être juge, avocat et procureur. Trop pour toi.

Tu dois être atteint de la fièvre du samedi noir !

Je pense à ta santé. Lis la constitution trois fois par jour avant les repas et imagine-toi sous d’autres cieux plus cléments. Moins sacrés. Un traitement d’une semaine en démocratie et un mois de repos loin du PF3.

C’est grave docteur.

Larbi Maaninou