Dépêches

Le Maroc entre l’explosion et l’éclatement…

Un pas en avant, deux pas en arrière…

Ce 21 octobre 2021.

En imposant la fermeture de ses frontières aériennes avec plusieurs pays européens, en imposant de nouvelles restrictions et l’obligation d’un passe vaccinal pour  toute la population du pays suivies par des hausses vertigineuses des prix des denrées alimentaires de première nécessité et de nouveaux impôts, le gouvernement marocain, nouvellement installé  et incomplet, inaugure mal son entrée en fonction. L es marocains, croyant avoir terminé avec l’ancien gouvernement, qui les a malmenés avec ses mauvaise politiques et sa gestion chaotique de la crise du Covid-19. Aujourd’hui ils déchanter et commencent à sortir massivement dans les rues, à partir de ce dimanche 24 octobre, pour dénoncer ces mauvaises politiques et crier leur désapprobation avec ses nouvelles mesures, hâtivement décidées. Le nouveau gouvernement a décidément raté son entrée en jeu. Une forte tension traverse toute les couches de la société marocaine.

Non seulement ces annonces aggravent la situation, déjà catastrophique, de la misère, de la pauvreté et de la régression économique du pays, mais les autres questions graves qui demandaient des réponses rapides, justes et vivables, attendent toujours (l’augmentions du flux migratoire des jeunes vers l’étranger, l’augmentation du chômage, le recul des libertés des personnes et d’expression de la presse,…,les relations avec plusieurs  pays étrangers, la fermeture des frontières, etc.).

 

Ceci étant dit, depuis 2 décennies, le Maroc a fait un pas en avant, mais aussi 2 pas en arrière. Aujourd’hui, le pays est en train de prendre une pente descendante très dangereuse, depuis quelques années déjà.

  • En effet, un pays dont la citoyenneté exclut une partie de sa population cesse d’être celui de tous ses citoyens. Sa citoyenneté est tronquée . Sinon comment explique-t-on que 6 millions de marocains, ceux de la diaspora, ne bénéficient pas de cette citoyenneté, en participant pleinement au choix de leurs représentants dans les instances de décision et de gestion des affaires du pays, notamment à ceux qui les concernent directement et qui ont trait a la gestion de leurs propres affaires ? En quoi l’inscription des articles les concernant dans la constitution de 2011 s ils ne sont pas mis en application ?

Les marocains de la diaspora ont longtemps lutté pour acquérir ce droit de pleine citoyenneté. Car, après leur installation définitive, dans leurs pays de résidence, ils ont acquis et pratiqué  la pleine citoyenneté dans ces différents pays, en participant activement à tous les niveaux de pouvoir et de décision. Néanmoins, cette citoyenneté reste piégée dans des structures  sous contrainte, ce qui limite leur autonomie et leur représentation. De même, des questions restent en suspens encore, telles que : leur identité culturelle et religieuse, les moyens de les faire fructifier et leurs relations avec les autres minorités avec lesquelles ils partagent le vivre ensemble et le bien commun. Tout cela exige de la diaspora un effort de conscientisation et de responsabilité. Ce qui suppose un vrai et large débat en son sein, avec ses élites et ses représentants légitimes ainsi qu’avec les acteurs de la société civile démocratique. L’objectif étant d’arriver à mettre sur pied des valeurs largement partagées et une vision commune pour renforcer le lien social dans une société tolérante et démocratique et dans un état de droit.

D’autre part, la relation des marocains de la diaspora avec leur pays d’origine, est restée   complexe et non précise. Car, à travers le temps, cette relation a subi des interventions paternalistes de l’état, avec comme seul objectif la continuité du flux de leurs transferts de devises vers le pays et leur allégeance aveugle au pays et à ses institutions, sans tenir compte des préoccupations des gens, de leurs besoins et souhaits. Notamment les questions qui concernent leurs jeunes générations, l’avenir de leurs relations avec le pays, leur statut et leurs contributions à son développement. Ces attentes consistent au droit de défendre leurs intérêts, à l’intérieur du pays comme à l’extérieur. Mais aussi la reconnaissance de leur pleine citoyenneté, à travers leur participation politique à toutes les instances et à toutes les institutions élues du pays afin de prendre part et de participer à toutes les décisions les concernant. Mais après une brève et timide expérience en la matière, entre 1984 et 1992, cette  participation s’est clôturée sans aucune évaluation ni autre explication que la déclaration d’échec tenue par les autorités officielles. Ce qui n’a pas empêché les marocains de la diaspora à poursuivre leur revendication d’une vraie citoyenneté participative et effective. Le discours royal du 6 novembre 2005 a répondu favorablement à cette revendication et la constitution de 2011 lui a consacré plusieurs articles, qui sont restés sans suite depuis lors, alors que les espoirs des marocains de l’étranger y étaient favorables et enthousiastes.

  • Et après la mise sur pied d’un Conseil de la Communauté Marocaine de l’Etranger en 2007, la nomination d’un Ministère consacré aux MRE et à la Migration, la diaspora marocaine y a cru au début et a exprimé sa volonté de prendre part au développement du pays et au renforcement de sa démocratie. Malheureusement, elle a du déchanter, quelques temps après, voyant ces instances, comme d’autres, qui ne répondaient nullement à ses attentes et à ses revendications, comme souhaitées par les discours royaux de 2005, 2006 et 2007, ni celles prévues dans les différents articles de la nouvelle constitution du pays. Et au lieu de cela, nous avons assisté à un net recul à tous les niveaux ; tant au déni de la constitution, par un vote majoritaire au parlement marocain le 20 mai 2021 contre cette participation politique où tous les partis politiques, sans distinction, étaient impliqués. A cela, il faut ajouter une atteinte aux droits de l’homme et un  recul de l’exercice  des libertés d association, d’expression et de presse, et la mauvaise gestion de la crise du COVID-19, laissant bloqués, sans appui ni soutien, plusieurs dizains de milliers de marocains de la diaspora, à l’intérieur comme à l’extérieur du pays. Sans oublier que le dit Ministère des MRE s’est transformé en secrétariat  d’état, puis en délégation et le nouveau gouvernement  d’après les élections du 8 octobre 2021 traine pour dévoiler le sort qu’il va réserver à cette communauté.

En conclusion. Si on ajoute à ce constat,  d’autres dossiers que le pays s’est permis le luxe d’ouvrir, notamment les conflits avec plusieurs pays dans son environnement, sans aucune autre proposition ni alternatives, notamment pour les populations qui subissent les conséquences et les retombées négatives, cela n’annonce rien de positif et de réconfortant. Le pays, s’il ne se reprend pas et ne rectifie pas son tir, ira de mal en pis. Les ingrédients d’une crise profonde et d’éclatements en tout genre sont, malheureusement, à craindre.

Ahmed Mahou. Bruxelles, le 26 octobre 2021.