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barbelé à ceuta
barbelé à ceuta

Immigration des mineurs marocains…

Hécatombe et perte incalculable pour le pays ?

Que restera-t-il au Maroc si ses futures portées désertent et fuient le pays ? Qui y restera avec les vautours qui qui sévissent en s’accaparant de tout le vivier, s’en emparent et le détournent ailleurs ? N’auront-ils pas honte des regards haineux des autres ?

barbelé à ceuta
barbelé à ceuta

Les dernières images des flux humains (jeunes, moins jeunes et adultes) se dirigeant vers le poste frontalier de Bab Sebta (84.000 habitants) sont hallucinantes. Pa terre ou à par mer (à la nage), plus de 5.000 personnes (plus de 8.000 selon d’autres sources), ont pris d’assaut la ville de Sebta, avec une absence totale d’autorités frontalières du côté marocain, ces 17 et 18 mai 2021. Et dès le lendemain, plus de 5.600 clandestins adultes ont été refoulés vers le Maroc, et pour les enfants mineurs, la question est beaucoup plus délicate (Puisque l’Espagne ne peut pas les rapatrier, selon sa propre législation et les directives de l’Union Européenne) Beaucoup d’observateurs voient en cela un geste de pression de la part du Maroc sur l’Espagne (et derrière elle, l’UE). Ces derniers se comptent par centaines, dont environ 1.081 ont été accueillis dans des centres, parfois de fortune et mal équipés (171 enfants-dont 67 filles- accueillis dans le centre des Polygones de Tarajal, 364 au centre Sportif Santa Amelia, 245 enfants en plus des 238 déjà accueillis dans le centre Esperanza, sous tutelle des autorités locales) . Des centaines d’autres enfants, évitant l’interpellation de la police (pour raison de mal traitance et de refoulement vers le Maroc) errent dans les rues de la ville et dorment partout où ils peuvent (les collines, les parcs publics, les zones forestières, celles des brise lames, les banlieues et les faubourgs de la ville. Les habitants leur viennent en aide en leur procurant habits et nourriture. Une situation inédite, à tel point que les autorités locales ont fait appel aux autorités centrales et à l’Union Européenne, pour leur venir en aide (seuls 200 enfants peuvent être accueillis dans d’autres régions de l’Espagne). Les familles des enfants contactées sont en majorité (90%) sont contre leur rapatriement ; elles invoquent des raisons socioéconomiques et leurs situations précaires. En attendant, ces enfants sont pris au piège dans ces villes, notamment à Sebta. Ils ne peuvent ni arriver au continent européen, ni revenir chez eux, au Maroc. Parfois même, les frontières leur sont fermées au nez quand certains s’y présentent…Notons au passage que des centaines d’autres enfants mineurs marocains, non accompagnés, errent déjà sur le territoire européen et font face à des incertitudes et divers  dangers qui les guettent, malheureusement.

Md VI avec lunettes
Md VI avec lunettes

Leur identité, morale et physique, et leur avenir sont mis en danger. La dernière déclaration du Roi Mohamed VI, du 1 juin 2021, sur le rapatriement des mineurs des pays de l’Union Européenne, pourra-t-elle trouver écho auprès des responsables, et surtout répondra-t-elle aux raisons réelles de cette immigration ? Espérons-le.

Quant aux derniers développements de la question du Sahara, que le Maroc considère comme faisant partie intégrante de son territoire, et l’accueil, par l’Espagne, du leader du Polisario, pour raison médicale. Ces évènements ont fait monter d’un cran les très mauvaises relations entre les 2 pays, allant jusqu’au rappel des ambassadeurs des pays pour consultations et l’annonce par l’Espagne de la fermeture de ses frontières avec le Maroc jusqu’au 30 juin 2021. Et malgré les alertes (avertissements) du renseignement militaire espagnol, au 1er ministre espagnol Pedro Sanchez, en juin 2018, que le Maroc considérait le Sahara comme étant pratiquement une question sacrée et que c’est une province qu’il considère comme une affaire « casus belli », c’est-à-dire que toute provocation la concernant une raison valable au déclenchement d’une guerre avec ses voisins.

Ceci étant, les tentatives d’explication et de légitimation des assauts d’immigrants sur les villes de Sebta (*) et Mélilia (**), ne peuvent en aucun cas résoudre les vrais problèmes qui se posent au pays, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur. D’abord le Maroc n’est pas, par exemple la Turquie, pour réussir sa pression sur l’Espagne et l’Europe, par le biais de l’immigration. (Pour la Turquie, il s’est agi d’immigrés syriens et non turcs). D’ailleurs, toute l’Europe s’est vite rangée derrière l’Espagne pour réclamer le respect des ‘ses frontières’(***) et les conventions signées par le Maroc concernant l’immigration, la libre circulation et les droits des enfants non accompagnés. Secundo, les raisons des immigrés, notamment les enfants mineurs d’entre eux, sont des citoyens du Maroc, qui souffrent de la disparition des seules sources de leurs revenus, de la pauvreté, des inégalités socioéconomiques et de l’absence de vrais projets de développement de leurs régions d’origine. Situations amplifiées par la pourriture des responsables politiques et les acteurs économiques, qui brillent par leur absence, leur irresponsabilité et leur immobilisme. Ces citoyens ne sont pas allés prêts au combat, au contraire, ils sont en perte de terrain et fuient le champ de bataille à la recherche d’une survie. Et si on ajoute à cela la détérioration de l’état de liberté et les sévices de la seule poigne sécuritaire face à toute expression, contestation et dénonciation, le Maroc se dévoile crument devant le monde et donne une image qui est loin d’être reluisante. Quant aux 6 millions de marocains de la Diaspora, toujours prêts au combat pour défendre les causes du pays, malheureusement, et il faut le rappeler ici, ils sont déchus de leur citoyenneté et affaiblis par les responsables politiques, tous confondus, contrairement à ce qui a est stipulé dans la constitution (encore un engagement non respecté). Le pays a de vraies causes à défendre, mais n’est pas bien armé pour les gagner.

Ce qui précède n’empêche pas de relever quelques remarques, tout de même. Ce bassin méditerranéen, havre de paix et de prospérité tant vanté, d’échanges et de circulation des biens et de personnes, et surtout pour le bien être de ses habitants, se fait attendre. Il n’est ni équilibré, ni espace de paix et de prospérité. Si bien que si les uns osent revendiquer de retrouver leur pleine autorité sur leurs propres territoires ou revendiquer d’être traités sur le même pied d’égalité, on monte au créneau et on crie au scandale. Par exemple, si l’Espagne peut revendiquer Gibraltar, comme étant le prolongement naturel et géographique de son espace vital, on ne la contredit pas, mais on la calme, lui demandant de patienter seulement, le temps que les choses se murissent. Mais si le Maroc ose revendiquer sa souveraineté sur ses territoires historiques du Sud et les enclaves sous dominations étrangères, là c’est intolérable et inacceptable. Au nom de quoi ? Stratégie géopolitique et équilibre des forces, nous dit-t-on. Ce sont des zones, parmi les dernières au Monde, qui restent colonisées en ce début du 21ième siècle. C’est visible et clair comme l’eau de roche. On ne peut ni inverser ni retarder indéfiniment le cours de l’histoire. Alors de quelle stratégie et de quel équilibre il s’agit, si cela va à l’encontre de l’histoire, de la géographie et des intérêts des peuples et des états ? Alors de quel espace de paix et de prospérité parle-t-on ?

Mahou Ahmed
A. Benhammou

(*) : Ceuta, ou Sebta en arabe, compte une population de 84.200 personnes (dont 45% d’origine marocaine), a une superficie de 18,5 kms carrés.

(**) : Mélilla, ou Melilia, compte 85.000 habitants (dont 50% d’origine marocaine) et a une superficie de 12,41 kms carrés.

Bruxelles, le 15 juin 2021.