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Oued Laou
Oued Laou

Enfants mineurs marocains en Espagne

LE CALVAIRE DES ENFANTS MINEURS
MAROCAINS EN ESPAGNE

Ou
Comment détruire l’avenir d’un pays

barbelé à ceuta
barbelé à Ceuta

Au-delà des images choquantes des enfants mineurs (âgés entre 12 et 18 ans) traversant le détroit sur des embarquements de fortunes et de celles maltraites sauvagement dans l’Île de Las Palmas, par la police espagnole,… De ceux errants et quémandant de quoi survivre dans las rues des villes de Sebta et Mélilia…Quelques chose d’autre, de plus terrifiante encore, attend ces malheureux enfants. Ce passage et cette vie qu’ils vivent dans les centres d’accueil, de l’état espagnol, dans les régions de Madrid et de Barcelone, etc. C’est une destruction systématique d’une génération toute entière, d’une défiguration complète de leur identité et de leur personnalité d’êtres humains, que subissent nos enfants mineurs, après avoir « HREG » (traverser illégalement la mer), croyant trouver le paradis de l’autre coté. En fuyant l’« enfer », ils ne savent pas qu’ils se retrouvent dans un autre beaucoup plus terrible qui détruit leur être et leurs imaginations…

Quant aux autres enfants mineurs, encore plus jeunes (âgés entre 7-8 et 11-12 ans), nés sur la terre espagnole, de parents marocains. Ils sont arrachés à leurs parents et éloignés de leur milieu familial, considéré non propice à leur développement et leur éducation normale. Les parents sont déclarés incapables de jouer leur rôle, suite aux conflits internes et aux conditions sociales détériorées et appauvries par les crises que subit le pays. Ces enfants sont mis dans des centres d’accueil ‘militaires’ et dépourvus de toute attention et chaleur familiale. Beaucoup d’entre ces enfants sont mis dans des familles d’accueil espagnoles ou au sein de couples, y compris homosexuels, constitués que d’hommes ou de femmes,…

non au racisme

Ces enfants, à leurs 18 ans accomplis, sont expulsés vers le Maroc, sans aucun ménagement, reviennent le plus souvent et sont de nouveau mis en prison ou ré-expulsés encore et encore…Leur calvaire semble sans fin…C’est là un nouveau signe d’une nouvelle immigration vers l’Europe.

Qui est responsable de ce phénomène ? L’État espagnol, qui balbutie dans son arsenal d’actions, pour y faire face ? Leurs familles au Maroc, qui les poussent à émigrer, au risque de leurs vies, et comptent sur eux pour les aider financièrement à faire face à leur misère (et c’est là un leurre) ? Ou c’est la responsabilité de l’État marocain, incapable de mettre fin au phénomène du « HRIG », surtout de ces enfants et qui semble être sourd et muet devant le cri de détresse de ces enfants, qui ne trouvent pas de place dans les écoles et au sein de la société et de leurs familles ? La responsabilité, tout compte fait, semble partagée entre toutes ces parties.

Concernant les enfants nés en Espagne, arrachés à leurs familles et mis sous tutelle de l’État espagnol, sans aucun suivi avec les parents (ni les autorités marocaines concernées), ni coordination et encore moins leur consultation ou les choix pour leurs enfants, ils subissent un état de fait sans aucune autre alternative. La Société civile espagnole et marocaine en Espagne, ne faille-t-elle pas à son rôle de médiation, d’aide, d’orientation et de soutien aux familles et aux autorités concernées, pour aider à faire face aux difficultés en tout genre que traverse ce phénomène grandissant et qui prend de plus en plus de très grandes proportions (conflits au sein des couples, situation de misères économique et sociale, absence d’encadrement pédagogique et culturel, …) ?.Ou sont les organisations de défense des droits des enfants ? Et que font les autorités européennes concernées face à toutes ces défaillances ? Croient-t-elles être acquittées, par le seul fait de verser à l’Espagne, une aide financière de 80 euro par enfant et par jour, comme pour tous les autres immigrés illégaux et les demandeurs d’asile ? N’est ce pas là le futur terreau de toutes les déviances, violences et extrémismes en tout genre ?

Cette politique que subit nos enfants mineurs en Espagne, n’est-elle pas une volonté, consciente ou inconsciente, voulue ou non, de répondre à la fausse « rumeur » et au faux « alibi » qui prétendent que « les marocains veulent reconquérir l’Espagne » ? Et « voilà comment nous allons y face et les dissuader », se disent les espagnoles ?

En attendant, ceux qui vivent ce drame en silence, deviennent les parias de demain. Ce sont ces malheureux enfants mineurs marocains, et d’autres enfants d’autres nationalités aussi, qui n’ont demandé qu’à vivre tranquillement leur enfance, à aller à l’école et jouer avec leurs camarades de leur âge, à recevoir une éducation et une formation qui leur permettra de vivre dignement en tant que citoyens de demain. Ils ont droit de sentir la chaleur et la sécurité familiales, d’acquérir une identité et y appartenir pleinement,…

Pour illustrer ce phénomène alarmant, nous avons choisi de l’illustrer avec 4 histoires  types de ces enfants. 2 enfants venus du Maroc, âgés de 15 et 18 ans (1 originaire du Nord du pays et un autre du Sud) et les 2 autres, nés en Espagne, âgés entre de 11 et 12 ans, de parents marocains. Et qui ont été arrachés à leurs parents et mis, sous tutelle de l’État espagnol, dans des centres d’accueil et de suivi. Nous ne citons ici que des cas de garçons. Les filles mineurs, elles constituaient 10% des arrivants du Maroc et cela jusqu’à la fin de 2019. Suite à la pandémie du Corona virus, cela s’est arrêté. Mais celles qui sont arrivées en Espagne, accueillies dans des centres, mais peu de choses filtrent sur leur devenir, tellement l’incertitude plane à ce sujet.

ENFANTS VENUS DU MAROC

1er Cas : Fédal.

Oued Laou
Oued Laou

Issu d’un village de la cote du Nord du pays, près de la petite ville d’Oued Laou. D’une famille de 5 enfants, tous mineurs, sans ressources fixes. La mère tient une petite  boutique d’habits pour tout âges, le père est sans travail et s’occupe de la location d’un petit rez de chaussée près de la mer, que la famille a reçu en héritage, et fait rentrer 10 euros par jour, comme revenu de la location. La petite ville côtière de Ouad Laou, devenue grande durant la dernière décennie, est passée de 15.000 habitants à près de 60.000 (en raison des afflux massifs des populations des villages environnants). A part quelques services essentiels de l’état (des banques, la poste, les impôts, la gendarmerie, un petit dispensaire, un service des transports interne et entre les villes, assuré par des petits et des grands taxis, des petits commerce de consommations à la population… Beaucoup d’habitations sont mis en location pour les estivants et les visiteurs de toutes les régions du pays , donnant quelques rentrées pour une partie de la population et  attirant, par son climat excellent et son environnement naturel sain . Peu de postes de travail, à part l’agriculture dans les environs, la petite pêche pratiquée localement serve essentiellement à la consommation locale, et les trafics en tout genre, y compris de l’herbe de chanvre, notamment avec l’étranger…

Cette ville n’héberge aucun projet de développement qui puisse absorber le grand nombre de jeunes, la plupart n’ayant pas terminé leurs études ou formations, sont obligés d’émigrer vers d’autres villes du pays ou vers l’étranger. Et ceux qui réussissent, ne font qu’attiser l’irrésistible tentation de les suivre sur le chemin de l’émigration. Voilà comment notre jeune enfant, Fédal, s’est retrouvé, d’abord à Éclairciras, puis avec l’aide des amis et connaissances, à Barcelone, avec d’autres enfants. Contrôlé par la police, parce qu’il rodait et dormait dans les rues de la ville, il sera mis dans un centre d’accueil pour mineurs, où il recevra des habits, logé, nourri et libre de sortie dans la ville avec un peu d’argent de poche. Sans papiers d’identité sur lui, il a déclaré avoir 15 ans et demi, alors qu’il avait 17 ans. Et durant une année et demi, il sera admis à rester au centre d’accueil et suit quelques séances d’apprentissage de la langue espagnole. Il finira par être discipliné et correct dans son comportement et nourrira l’espoir de suivre une formation pour un métier de menuisier. Cet espoir va s’estomper et ce qui arrivera arriva … Vers la fin de l’été, durant une sortie en ville avec d’autres jeunes, notre jeune se fait interpellé par la police. Arrêté avec d’autres jeunes et accusé de participation à un vol à l’arraché, en plein rue. Après plusieurs jours passés au poste de police, il sera expulsé vers le Maroc. Il a beau crié son innocence, les témoignages ses assistants sociaux, celui du Directeur lui-même, n’y changeront rien. Tous assisteront à son expulsion avec un pincement au cœur et une profonde amertume. Après un mois et demi passés au Maroc, il reprend le chemin du « HRIG » et reviendra en Espagne, dans la ville de Barcelone, d’où il a été expulsé. Il est de nouveau accueilli dans un autre centre d’accueil pour enfants mineurs et se comporte parfaitement, dans le respect des règles, dans l’espoir d’intégrer de nouveau sa formation, non entamée (menuiserie). Il s’y prépare tranquillement.

Policia nacional

Mais quelques jours avant le début de cette formation, tout bascule de nouveau… Il sera de nouveau arrêté par la police, dans la rue de la ville, avec d’autres jeunes, et accusé de vagabondage et harcèlement des passants dans l’espace public. Il crie son innocence, avec des mots d’espagnol qu’il a pu apprendre lors de ses différents séjours dans les centres pour enfants. Ses assistants sociaux attestent de son parfait comportement et de son désir de bien s’insérer dans la société espagnole, cela ne change rien. Il sera de nouveau expulsé vers le Maroc, alors qu’il est âgé de 17 ans et demi. Cette histoire ne s’arrêtera certainement pas là. Le jeune retentera de nouveau de revenir, et par tous les moyens. Car au Maroc, comme il dit, il n’a plus d’avenir et rien à y faire. Aucune perspective, ni formation, ni travail… Rien que de l’amertume et d’avoir raté la chance de rester en Espagne…

ENFANTS NÉS EN ESPAGNE
Des enfants issus de la crise qu’a traversé le pays dès 2008.

Ces enfants subissent les conséquences de la crise économique que les familles connaissent. Les familles avaient perdu leur travail, dans la construction et le travail de ménage au sein des familles espagnoles, et leurs logements. Elles vivaient d’aides sociaux de l’état. Des malentendus éclatent en leur sein et finissent par des scènes de violence où la femme est victime et les enfants déstabilisés. Cela finit par l’intervention des services sociaux. Des enfants, âgés de 10 ans et demi et 12 ans, sont mis dans un centre pour enfants (déclarés en danger au sein du couple).

1er Cas : Yassine.

Né à Barcelone, de parents marocains et âgés de 10 ans et demi. Ses parents ont eu beaucoup de difficultés de couple et ont subi, de plein fouet, la crise économique et sociale. Devant la violence conjugale que la maman a subie, de la part du mari, les services sociaux et la police finissent par intervenir. Après quelques jours passés au centre et l’intervention d’une médiatrice marocaine en vue d’établir une communication avec lui, il éclate en pleurs sans plus. Devant l’insistance de la médiatrice et de l’assistance sociale, il finira par dire « ma maman me manque, je veux voir ma maman ». Ses pleurs ne semblent pas s’arrêter…

2ième Cas :

Omar. Né , lui aussi dans la région de Barcelone (la ville de TARRAGONA) est âgé de 12 ans. Muet, il ne veut rien dire ni communiquer avec l’extérieur. Il s’énerve tout le temps, pour rien. La médiatrice essaie de communiquer avec lui pour connaitre ce qu’il ressent et ce qu’il souhaite. Mais rien, il reste toujours dans un coin et ne veut rie faire. Les assistants sociaux du centre ne s’expliquent pas ce comportement et ce mutisme. Dieu seul sait ce que ce garçon subit et vit (et a subi), dans ce centre et dans sa famille.

Ces 4 brèves histoires d’enfants mineurs marocains, qui sont accueillis dans des centres d’accueil de l’état en Espagne. Quelle vie de misère, quelle perspective et quel avenir les attendent demain, lorsqu’ils seront grands et adultes ?

CONCLUSION.

En attendant, les autorités marocaines sont absentes et font la sourde oreille, face à ces drames, qui se déroulent devant nos yeux. Quant aux autorités espagnoles, elles ne se soucient pas le moindre du monde. Leurs arsenaux fonctionnent, reçoivent des moyens conséquents de l’Union Européenne, et peu importe la suite. Elles habillent ces enfants par des habits, pour la plupart de seconde main, leurs donnent à manger des produits, en fin de validité, et de moindre qualité,…

Mahou Ahmed

Propos recueillis avec l’aide et le témoignage de Mme Saloua Béchari, pour l’Espagne (médiatrice sociale en Espagne Catalogne).

Ahmed Mahou,

Bruxelles le, 08 mars  2021.