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Constitutions du Royaume du Maroc
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Covid-19, révélateur du vide du CCME

coronavirus
Covid-19

La célébration de la Journée Nationale du Migrant, ce 10 août, été notamment l’occasion pour les responsables du Conseil de la communauté marocaine  à l’étranger (CCME)de mener tambour battant, une large campagne de communication, dont ils sont friands, sur les  « réalisations » et le « dynamisme »  du CCME, surtout depuis la période du coronavirus au Maroc. Cette opération de « COM» a été d’autant plus facilitée par une interview non contradictoire accordée à l’agence officielle de presse MAP qui l’a répercutée sur les différents organes d’informations pour qu’elle soit largement médiatisée.

M. Driss Yazami

Si le président du CCME, Driss El Yazami, est pratiquement aux abonnées absents de cette institution nationale consultative depuis son cumul de présidence avec le CNDH (d’avril 2015 à décembre 2018), l’intervention médiatique du secrétaire général du CCME, Abdallah Boussouf, a été centrée, durant la Journée Nationale du Migrant, sur le contenu suivant.

Un suivi de près totalement inexistant

Partant du fait que le Conseil est une institution consultative et de prospective placée auprès de SM le Roi Mohammed VI, son secrétaire général affirme que dans ces circonstances de corona 19, « le CCME a suivi de près la situation des Marocains du monde et les différentes problématiques auxquelles ils sont confrontés afin de pouvoir élaborer des propositions de solutions ».

Sans préciser nullement la nature de ce «suivi de près », ni en fournir des exemples concrets, vérifiables, le numéro 2 du Conseil procède à la véritable fuite en avant suivante : « le  CCME a présenté des recommandations et des mesures d’ordre social, administratif, économique et religieux afin de répondre aux différentes problématiques liées à cette situation qui n’a connu aucun précédent ».

Tu n'es pas le bienvenu
Tu n’es pas le bienvenu

Si le CCME avait réellement joué ce rôle d’avant-garde et d’éclaireur dans les divers domaines précités, pourquoi, à propos du transfert vers le Maroc des dépouilles des MRE décédés durant la période du corona, il n’a daigné bouger le petit doigt en prenant en charge les revendications du mouvement associatif ? Pourquoi il s’est honteusement tu à propos des touristes marocains bloqués à l’étranger qui ont vu leur citoyenneté bafouée et humiliée, dans l’abandon total si ce n’est le soutien reçu des agents consulaires et d’un grand nombre de consuls qui se sont démenés pour leur apporter l’aide qu’ils pouvaient ? On nous dira que ces Marocains qui étaient en séjour temporaire à l’étranger pour des raisons de visites familiales, de consultations médicales, de mission professionnelle ou de simple séjour touristique, ne rentrent pas dans les «prérogatives » du CCME, dans la mesure où ils ne sont pas des MRE. Mais rien n’empêche que la direction du Conseil, par simple humanité, manifeste de l’empathie et de la solidarité avec ces personnes qui vivaient des situations devenues cauchemardesques.

Que dire alors cette fois-ci du silence incompréhensible du secrétaire général du CCME sur la situation des quelques 40.000 Marocains résidant légalement à l’étranger qui étaient en visite au Maroc, familiales essentiellement, mais n’ont pas été autorisés à rejoindre leurs pays de séjour, en raison de la fermeture des frontières extérieures du Maroc et pour lesquels on n’avait prévu aucune mesure dérogatoire, au nom de l’égalité de traitement entre citoyens et du refus de ne pas tomber dans la pratique de discrimination,  entraînant des situations humanitaires déplorables ? Il s’agit des personnes âgées avec des maladies et pathologies lourdes qui doivent impérativement assurer un suivi médical dans les pays de résidence, des pères ou mères coupés de leur conjoint ou enfants se trouvant dans leur pays de vie, des personnes risquant de perdre leur emploi et / ou leurs droits sociaux, petits commerçants…

Saâd Eddine El Othmani
Saâd Eddine El Othmani

Toutefois, précisons ici que, dans un geste que l’on pourrait interpréter comme étant en réaction et en protestation contre la passivité de la direction du CCME qui avait disparu de la scène durant les moments de difficulté et sa non prise de ses responsabilités, 13 membres de ce Conseil ont diffusé le 19 avril 2020 un communiqué dans lequel ils se sont adressés directement au gouvernement Saâd Eddine Elotmani, l’exhortant à « prendre toutes les mesures nécessaires  pour faciliter le retour à leurs familles des Marocains résidant à l’étranger, qui sont actuellement dans l’impossibilité de quitter le territoire national, du fait de la fermeture des frontières terrestres, maritimes et aériennes  et pour faciliter également le retour au Maroc  « aux milliers de ressortissants marocains bloqués à l’étranger ».

Ajoutons en ce qui nous concerne, s’agissant de ces 40.000 MRE vivant légalement dans leurs pays de résidence, l’argument sanitaire pour les «bloquer » au Maroc était d’autant irrecevable que leur départ était un « problème » en moins, alors qu’au même moment, leurs pays de résidence acceptaient de les recevoir dans le cadre de vols spéciaux, moyennant bien entendu certaines consignes à respecter.

L’inertie du CCME

CCME

Ce qui ressort clairement de ces trois cas de figure, à savoir le rapatriement des morts, le rapatriement des vivants bloqués à l’étranger, le nécessaire départ des MRE bloqués au Maroc et contrairement à ses « prérogatives constitutionnelles »,  c’est que le numéro 2 du CCME est resté inerte, sans prendre aucune initiative pouvant contribuer à résoudre ces situations, ne serait-ce que d’un point de vue humanitaire. Quelle crédibilité donner alors au présent discours de son secrétaire général selon lequel le CCME a été très attentif aux diverses problématiques auxquels ont été confrontés les MRE !? Il s’agit là d’un discours purement démagogique qui ne trompe personne, un discours qui parle non pas aux citoyens MRE, mais qui adresse pour des raisons personnelles de carrière, un message  aux milieux qui établissent des listes pour les postes de haut rang à soumettre à des décisions de nomination.

En d’autres termes, l’interview accordée à la MAP par le secrétaire général du CCME continue à s’inscrire dans sa perpétuelle « campagne électorale » depuis dés années pour sa nomination au moins à la présidence de cette institution. À ce propos, les questions posées et celles évitées au niveau de l’entretien, ne participent nullement à une information équilibrée au niveau de la MAP, reflétant le pluralisme. Faut-il s’en plaindre et à qui ? Au médiateur de l’agence officielle ? Il se trouve que c’est l’ancien numéro 3 du CCME débarqué en été 2015, et par conséquent il n’y a rien à attendre de ce coté là.

Parmi les grandes « initiatives » prises également, l’interview cite en bonne place la réalisation par l’Institut français IPSOS d’une enquête sur « les jeunes Marocains d’Europe : égalité et discrimination » menée dans six pays européens : France, Espagne, Italie, Belgique, Pays-Bas, Allemagne, à partir d’un échantillon de 1433 jeunes marocains âgés de 18 à 35 ans. « Ils sont 64% à déclarer avoir rencontré des difficultés à trouver un travail, 57% peinent à trouver un logement et 42% à pratiquer leur religion », selon le résumé de l’enquête déjà publiée le 26 juin 2020 (juste avec le déconfinement et à quelques semaines du discours du Trône) rappelé le 10 août, en précisant que l’intégralité de l’étude sera publiée d’ici quelques jours, ce qui nous ramène à la veille du discours royal à l’occasion de la commémoration de l’anniversaire de la Révolution du Roi et du Peuple, où l’habitude a été prise d’aborder en particulier les problèmes de la jeunesse, ce qui montre que le choix des dates n’est pas le fruit du hasard… (toujours la « COM ») !!!

Pour la dignité

Avec le retard dans la publication intégrale de l’étude avec ses aspects méthodologiques, la lecture du résumé a été très problématique, en particulier le chiffre de 42% des jeunes… qui trouveraient des difficultés à pratiquer leur religion (!!!) ce qui a amené certains observateurs avertis qui se sont exprimés notamment dans le cadre  de l’émission « Arc En Ciel » sur les ondes de Radio Plurielle (Lyon), à estimer que cet aspect mis en avant de la «discrimination » des jeunes marocains au plan de la pratique religieuse, n’était qu’un moyen de « savonner la planche » à des concurrents, l’expression d’un pur « règlement de comptes » avec d’autres responsables marocains qui auraient failli dans leur mission au niveau de l’encadrement religieux des MRE en Europe, d’où la nécessité de les supplanter… La guerre qui fait rage à l’heure actuelle sur les réseaux sociaux notamment entre deux « clans » et téléguidée par d’aucuns, au mépris des intérêts supérieurs du pays et de la communauté marocaine établie en Europe en particulier,  est un signe inquiétant.

Le vide du CCME

Au total et de notre point de vue, si aucune des parties en présence ne peut sortir blanchie, le covid-19 est le révélateur du vide du CCME, de l’inconsistance de son « action » et de l’instrumentalisation de ses réseaux médiatiques et « associatifs » à des fins purement personnelles, quitte à ne pas perdre des soutiens médiatiques même lorsque ces derniers sont « irresponsables ! », visant même la plus haute autorité du pays et le cercle qui lui est le plus proche, comme nous l’avions montré dans un article antérieur publié le 21 avril 2020 par Dounia News et sans que le bénéficiaire ne se démarque clairement de ceux qui lui apportent ouvertement leur soutien, moyennant des largesses certaines, permises notamment par le fait que l’institution nationale qu’il dirige, est indépendante, dotée de l’autonomie administrative et financière, pour ne pas se soumettre au contrôle parlementaire y compris pour tout ce qui est en relation avec les aspects financiers.

Nous renvoyons ici le lecteur à nos deux interpellations publiques du secrétaire général du CCME La première est à propos des dérives antinationales du site الشروق نيوز 24, soutien zélé de la direction du Conseil ( Dounia News, 23 mai 2020).

La deuxième interpellation publique est la suivante :

  • Mr le secrétaire général du CCME, pourquoi vous ne condamnez toujours pas les dérives antinationales du site الشروق نيوز 24 qui défend votre « action » au Conseil ? (6 juin 2020). Deux questions fondamentales étaient posées qui n’ont jamais eu de réponse :
  • Acceptez-vous les louanges qui sont adressées à votre « action » au Conseil par le site الشروق نيوز 24 alors qu’au même moment, il s’attaque à l’une des constantes de la nation marocaine ?
  • Condamnez-vous officiellement et publiquement les dérives antinationales du site الشروق نيوز 24 ?

Il est vrai que la direction du CCME ne s’est pas distinguée que par des aspects négatifs. C’est ainsi qu’il faut mettre en avant à son actif, sa grande initiative d’organiser en plein confinement la plus grande dictée du monde sur la marocanité !!! Un bilan objectif de l’action de la direction du CCME doit nécessairement inclure cette donne !!!

En résumé, le covid-19 ne fait que confirmer l’incurie dans laquelle se débat l’institution CCME depuis des années, sans qu’aucune des missions imparties aux responsables,  depuis leur nomination royale le 21 décembre 2007 ne soit assurée : ni la mission consultative, ni la mission prospective. L’heure de la reddition des comptes n’est-elle pas arrivée, plutôt que de penser à une

« légitime promotion » pour «mission bien accomplie » !?

M.Belguendouz Abdelkrim

Rabat, le 11 août 2020

Abdelkrim Belguendouz
Universitaire à Rabat, chercheur en migration

A ce propos abdeslam