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A propos des événements du Rif

 » Les mouvements protestataires pacifiques d’Al Hoceima qui durent depuis des mois vont-elles accoucher d’un espace national où va s’incarner un nouvel esprit ‘’ ?

Dernière partie

Société marocaine entre tradition et modernité

Les Marocains ont de plus en plus la certitude que toutes les conditions sont réunies pour qu’ils continuent à s’appauvrir et que la cause principale en est d’ordre interne et culturel : la société marocaine a-t-elle des conceptions philosophique et psychologique de la civilisation technicienne ? Assimile-t-elle la technologie moderne importée ? Ou y réagit-elle plutôt de manière régressive en raison de la spéculation et l’agressivité du Makhzen, ainsi que du parasitisme en général ?

La modernisation au Maroc est très superficielle et masque en fait une mentalité traditionnelle et passéiste. Le régime du makhzen qui en est largement responsable, a réussi à imprimer au pays la marque de son style d’autorité archaïque et manipulateur. Il a inculqué savamment à des millions d’hommes et de femmes la peur, le complexe d’infériorité, le tremblement, l’agenouillement, le désespoir, la soumission, le larbinisme, l’obséquiosité…, et ne se soucie guère du bien-être des Marocains. Il les laisse ignorants, frustrés, victimes de toutes les détresses. Il semble avoir réussi en profondeur, à transformer l’aggravation de la misère en ferveur religieuse afin de déplacer le combat de l’espace politique vers celui de la religion.

Par ailleurs, la technologie moderne qui y est largement présente mais très peu assimilée, alimente plutôt un renforcement de la mentalité traditionnelle. Et même si le Marocain sait monter et réparer des machines et des engins sophistiqués, le rythme du progrès technique au Maroc est plus rapide que celui de son assimilation. Ainsi l’assimilation s’introduit-elle dans la société marocaine où le travail est une antivaleur, où le travailleur est obligé de subir le travail passivement comme une fatalité, et où avoir du pouvoir, c’est ne rien faire et laisser les autres travailler pour soi.

De même, l’écart croissant entre la mentalité traditionnelle et l’assimilation de la technologie moderne qui en résulte est utilisé par le pouvoir pour renforcer son emprise en interposant entre le peuple et lui une petite couche ou plutôt une élite de techniciens de haut niveau qui assurent pour l’essentiel le contrôle du fonctionnement de la technologie moderne pour s’approprier le monopole de ses avantages. La peur empêche le Makhzen de laisser les cadres nationaux qu’il considère comme une ‘’menace’’, prendre des responsabilités élevées en fonction de leurs compétences. C’est pourquoi, l’élite technicienne marocaine est souvent suspectée, mise en quarantaine. Elle n’a souvent d’autre issue que l’exil.

Que pouvons-nous y faire ?

Bien sûr, Il n’y a pas de recette toute faite face à cet échec du régime actuel et son durcissement culturel et politique qui le fragilise continuellement et dont la faiblesse réside dans la concentration de toute sa légitimité en la personne du Roi. La monarchie apparaît ainsi comme l’institution centrale du système politique, capable de fédérer les forces sociales, de contrôler les espaces politique, économique et religieux, ainsi que les militaires, et d’assembler toutes les régions du pays. Mais la centralisation, l’omniprésence et l’omnipotence de la monarchie qui peuvent expliquer une certaine infériorité de la structure techno-bureaucratique marocaine, des partis politiques, des syndicats…, peuvent rendre le système politique marocain moins résilient.

En effet, au cœur du système politique marocain, se trouve un seul homme, le roi, héritier d’un mode de gouvernement constitué par les dynasties marocaines au cours des siècles. Et toute approche d’analyse de ce système politique est complexe et délicate. Mais la société marocaine dont les forces autodynamiques d’aujourd’hui évoluent, muent sans arrêt, deviennent plus exigeantes, plus difficiles à gérer, et aspirent de plus en plus à l’émancipation et à l’ascension, a-t-elle besoin d’une monarchie correspondant à celle des siècles passés ? A ce propos, il convient d’avoir toujours à l’esprit que le Maroc évolue dans un environnement international en pleines mutations planétaires, une mondialisation qui a considérablement renforcé l’interdépendance des peuples vivant sur notre planète. L’obstacle des distances s’efface, les moyens de communication, surtout la télévision, assurent une diffusion instantanée de l’information et des programmes des grandes chaines mondiales à l’échelon planétaire.

Et c’est cette réalité-là qui pousse la jeunesse marocaine la plus nombreuse et la plus capable mais qui est découragée par l’absence de perspectives dans son pays, de se trouver devant une situation problématique dans laquelle elle doit choisir entre deux possibilités : soit elle prend tous les risques pour tenter l’aventure de l’émigration vers l’hémisphère nord (surtout l’Europe qui est à huit kilomètres à vol d’oiseau du nord du Maroc), soit elle manifeste dans les rues, car il n’y a pas d’autre alternative. C’est cette réalité-là aussi qui a pour conséquence la nécessité des priorités qui consistent en le remplacement progressif du Maroc de la fraction sociale et de l’injustice par le Maroc du partage et de la justice. C’est pour cela que le Maroc, sous l’impulsion des événements du Rif, se doit de donner une place centrale au développement du pays tout entier, au bien-être du peuple marocain et à la lutte contre la grande pauvreté dans sa politique nationale. C’est le moyen le plus sûr de stabiliser et de pacifier le royaume.

Aussi une redéfinition et un redéploiement des grandes réformes sont-ils absolument nécessaires. Il lui faut une institution royale qui aura sa place, toute sa place, rien que sa place à côté des autres institutions de l’Etat, dans la cadre d’une monarchie parlementaire, en phase avec le Maroc d’aujourd’hui en particulier, et avec le monde actuel en général.

Pour cela, l’alternative réformiste qu’avaient tentée de représenter les partis dits ‘’modernistes‘’ durant les années 60 ; 70 et au début des années 80 avant qu’elle soit vidée pratiquement de toute sa substance par le pouvoir makhzénien, est toujours valable si elle est actualisée par des nouveaux visages compétents, sincères, et des patriotes qui préfèrent l’intérêt général à l’intérêt privé. Et à ce propos, il convient de rappeler que l’affaiblissement, le laminage et la désagrégation des partis politiques dits ‘’modernistes’’ dont le régime makhzénien n’est pas étranger, arrangent bien les affaires des arrivistes et des larbins à court terme, et des islamistes, voire même des militaires à moyen et long terme, plutôt que la stabilité du Royaume. Car il ne fait aucun doute que le remède de ces derniers aggraverait encore plus le sous-développement, la répression et le chaos. Les exemples de l’Iran et de l’Afghanistan bien avant, de l’Irak, de la Libye, de l’Egypte ensuite, et de la Syrie aujourd’hui, sont sur ce point dans tous les esprits au Maroc et ailleurs…

Par ailleurs, les cercles vicieux du sous-développement dans lesquels le Maroc est enfermé résident dans les rapports que les différentes instances de la société entretiennent entre l’économie et la technologie d’une part, la culture et le régime d’autre part. Le dualisme entre le secteur moderne et le secteur traditionnel dans l’économie et dans la société en général qui est d’observation permanente au Maroc est dû principalement à l’aggravation du chômage et les difficultés d’assimilation des mutations technologiques.

Le mécontentement des Marocains ne cesse pas de grandir de Tanger à Lagouira. Le peuple n’a jamais cessé de dénoncer l’imposture des classes dirigeantes qui prétendent œuvrer pour le progrès et la justice sociale alors qu’un luxe de plus en plus insolent côtoie une misère croissante. Mais l’approche sécuritaire, voire répressive du pouvoir makhzénien suffira-t-elle toujours à empêcher que l’audience du peuple marocain ne se renforce alors qu’il s’appuie sur l’évidence des faits ? Comme je viens de le mentionner plus haut, gare au remède que les islamistes revendiquent et qui est encore pire que le mal ! Le procédé fondé sur le sécuritaire et la répression choisi aujourd’hui par les classes dirigeantes ne va-t-il pas engendrer un déchainement de haine et provoquer par conséquent une révolution intégriste qui ruinerait le pays en profondeur pour plusieurs décennies ? Alors, comment empêcher le Maroc de répéter la triste expérience que l’Iran avait faite à la fin des années 70 et au début des années 80 ? C’est la grande question à laquelle le Maroc doit répondre incessamment.

En résumé, pourquoi les deux régimes, belges et marocains sont-ils si fondamentalement différents ? Pourquoi crier ‘’ vive la République ‘’ est-il simplement un peu ridicule mais possible en Belgique, alors qu’au Maroc il serait subversif et impensable ? Voilà toute la différence, même si elle parait caricaturale au premier abord, entre la monarchie belge qui est parlementaire et la monarchie marocaine d’aujourd’hui…

N.B : Je finis cet article en remerciant notre grand coach national Badou Zaki qui vient de nous donner une grande leçon de ‘’ diplomatie parallèle ‘’ qui m’est extrêmement chère et sur laquelle j’avais écrit pas mal d’articles, quand il a osé solliciter en toute sincérité, en toute modestie, mais en

grand patriote et en maghrébin convaincu, de M. le Premier Ministre algérien, de bien vouloir procéder à la réouverture des frontières entre le Maroc et l’Algérie. Chapeau bas et bravo encore pour M. Badou Zaki.

Saïd CHATAR

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