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A propos des événements du Rif

Deuxième partie

Je vais commencer cette deuxième partie de mon article relatif aux événements du Rif par la question suivante :  » les protestations d’Al Hoceima qui durent depuis des mois vont-elles accoucher d’un espace national où va s’incarner un nouvel esprit ‘’ ?

Humanisation du travail, salaire, sécurité, propriété…

Par le mot ‘’ travail ‘’ nous entendons les conditions matérielles du travail et ce qu’il entraine après : salaire, propriété, sécurité…

Sur le plan juridique d’abord, le Maroc possède-t-il vraiment une législation protectrice du travail correspondant aux sociétés modernes ? Voilà une question qui est en rapport avec le niveau de progrès de ces dernières. Toutefois, des problèmes plus profonds se posent encore, qui peuvent se résumer d’un mot : l’humanisation du travail. A ce propos, la société marocaine en général connaît-elle des conceptions philosophique et psychologique de la civilisation technicienne ? Le Maroc a-t-il conçu un plan destiné à couvrir, dans le cadre de la soi-disant ‘’régionalisation avancée’’, des instituts ou des centres universitaires qui proposeraient des réformes de structures économiques permettant l’émergence de nouveaux chefs d’entreprises capables de créer des T.P.E (très petites entreprises), des P.M.E et P.M.I pour une croissance inclusive à travers le pays, aux prix d’investissements relativement modérés. Au plan philosophique ensuite, le Maroc est-il pourvu de structures destinées à mener à bien des recherches sur le machinisme, ses effets positifs et négatifs sur l’homme ? a-t-il une idée sur le bon et le mauvais usage de la machine par l’homme ? Sinon comment peut-on porter un jugement sur cet usage s’il n’a pas de philosophie qui recherche l’harmonie entre l’homme et la machine, base d’une ‘’civilisation du travail ‘’.

Sur le plan psychologique enfin, le Maroc dispose-t-il de centres de recherche relatifs à la science psychotechnique entre autres, qui permettent de découvrir les lois d’adaptation concrète de l’homme à la machine, pour savoir si dans son ensemble, l’industrie favorise la psychologie du travailleur marocain, si elle développe en lui le mécontentement, le rejet, la paresse et en général, un réflexe de résistance, voire d’inhibition ? Ces centres qui comprendraient de clairvoyants psychotechniciens, proposeraient des réformes de structures économiques permettant de rendre au travailleur marocain la conscience de sa qualité de coopérateur à l’économie, de père de famille, de citoyen, d’homme tout simplement. Ainsi, le travailleur marocain donnerait à son travail une adhésion totale : se rendant compte qu’il fait un travail humain, il travaillerait en homme libre et motivé.

Pour ce qui est du Salaire, le travailleur marocain accepte-il facilement l’autorité ? Refusera-t-il toujours d’être la victime du despote argent, dont il ne peut attendre que ruine et misère. Les réactions des masses marocaines que connaît aujourd’hui notre royaume trouvent, pour une grande partie, leur origine dans l’iniquité pratique d’un régime dans lequel l’activité humaine est un simple moyen de faire travailler les capitaux : renversement des valeurs, contre lequel s’insurge tout commun des mortels de bonne foi. ‘’L’augmentation des salaires’’ devient le leitmotiv des luttes politiques, des agitations et des revendications sociales. Ainsi, c’est l’Etat qui doit fixer les barèmes jouissant de la protection et de la sanction légale.

Mais au Maroc, l’Etat et le patronat qui freinent toute initiative privée qui leur échappe, sont loin d’avoir compris que le problème du salaire prend aujourd’hui d’autres orientations. Partant de la base d’un minimum vital, le salaire doit être fixé selon les charges familiales en proportion de la valeur professionnelle et du travail exécuté, et augmenté d’une participation aux bénéfices. Et en ce qui concerne le critère de minimum vital, un homme qui travaille a le droit imprescriptible de vivre du fruit de son travail ; c’est un principe de droit naturel qui est trop souvent violé au Maroc sous prétexte de crise économique. Ainsi faudrait-il, en cas de mauvaise conjoncture, en faire retomber les effets sur le capital d’abord, et sur le travail ensuite. Mais le capitalisme qui a toujours préféré la solution contraire, s’est complu dans l’inflation qui touche beaucoup plus la masse des travailleurs et des plus faibles que les puissants capitalistes.

Puis, quant à la Sécurité, l’indemnité pour la charge familiale doit être incluse dans le salaire car, là comme ailleurs, la mentalité du travailleur marocain est de plus en plus réfractaire à l’idée paternaliste : les classes laborieuses qui travaillent n’admettent plus recevoir des mains d’autrui des gratifications et de l’aumône pour un travail bien accompli. On aperçoit, dès lors, comment le salaire est calculé au minimum au Maroc pour favoriser les intérêts du grand capital apatride et ses trabendistes locaux, en fonction de la conjoncture économique.

Nous espérons qu’avec ces mouvements protestataires, ces révoltes et ces insurrections, l’Etat marocain et ses classes dirigeantes, sous la pression des classes laborieuses, des travailleurs, des chefs de P.M.E et P.M.I et des hommes de la vraie pensée, va être obligé de fixer les barèmes en essayant de concilier capital et travail, en tenant compte de la conjoncture. Il faudra également introduire et généraliser la ‘’ Sécurité Sociale ‘’ dont le principe est assez simple et qui consiste à réunir les contributions préventives, restreintes et régulières des membres d’une entreprise ou d’une communauté, pour indemniser la victime essentielle d’un risque couteux. On entend par là ce qui peut compromettre la sécurité du travail (licenciement arbitraire, chômage, invalidité…) ou la sécurité d’existence en cas d’impossibilité de travail (pension de vieillesse, par exemple). C’est le grand problème du Maroc d’aujourd’hui.

Et enfin, quand on parle de Propriété, il n’est nullement et aucunement question de la propriété des grands monopoles et des grandes concentrations, mais c’est d’abord du droit au logement et à la maison que l’on songe : l’individu et la famille ne se développent pleinement que sous la protection d’un abri assuré, personnel, stable. Il faudra des lois prévoyant des prêts avantageux et remboursables à concéder à tout ménage qui désire acheter une maison, voire la faire construire. Ainsi faudra-t-il procéder à l’extension du crédit foncier et immobilier et du prêt hypothécaire en vue de la construction de maisons individuelles par la création de sociétés des habitations et logements à bon marché en recourant à des technologies ‘’appropriées’’ qui ne recourent pas nécessairement au ciment qui est une véritable catastrophe pour l’environnement et pour l’économie, sans pour autant créer ‘’des ghettos’’ ou du ‘’bloc d’appartements’’ avec la juxtaposition ou l’accumulation monotone d’installations identiques, dans lesquelles l’individualité familiale est peu respectée.

De même, les travailleurs doivent posséder aussi des réserves d’argent qui leur permettent d’acheter tous instruments et matières nécessaires et utiles à une vie normale : dans une civilisation technique, le standing moyen exige la possession de maints objets dont se passe une époque plus fruste. Ainsi, la distribution d’eau potable, d’électricité, l’usage du gaz et d’une salle de bain devraient être généralisés. C’est pour cela que le salaire doit absolument être suffisant pour assurer certains biens utiles et agréables correspondant aux besoins de base de la société marocaine qui aspire à la modernisation et à la technique : ornements de la maison, poste de T.V, machines à laver, fer à repasser…, accès aux soins de santé, à l’éducation, à la culture, aux loisirs, distractions, congés, vacances…

En résumé, il convient d’avoir à l’esprit qu’à travers les mouvements insurrectionnels d’aujourd’hui, les masses marocaines voudraient plus de solidarité, plus de démocratie politique et économique. Elles veulent une amélioration de leur standing matériel et moral à travers une participation à la direction des activités socio-économiques et politiques qui ne sont possibles et réalisables que dans le cadre d’une monarchie parlementaire en phase avec le monde actuel et ses mutations planétaires. C’est un fait contre lequel des considérations subjectives et objectives se brisent : en gros, le travail s’insurge contre le capital, entend lui rendre sa place, toute sa place, rien que sa place de pur moyen dans l’entreprise et assumer lui-même la direction.

C’est pourquoi et en toute franchise, pour ne pas continuer à tourner en bourrique, il est temps pour notre royaume que les classes dirigeantes sachent une fois pour toute que le Maroc n’est pas une société privée, que le rôle des gouvernants n’est pas celui d’un conseil d’administration, que le chef du gouvernement n’est pas un P.D.G dont le but est le lucre pour lui et quelques féodalités. La nation, l’Etat et la gouvernance sont des institutions qui sont destinées, d’abord et avant tout, sous des approches globales, multisectorielles et systémiques, à servir le bien-être du peuple et le développement du pays. Je vais terminer ce point de vue pour dire gare à ceux qui, à défaut de talent, ont eu celui de parvenir, je ne sais comment et par quels moyens, au sommet de la hiérarchie de l’Etat et aussi à l’entourage proche du roi. Aussi par la fonction qu’ils remplissent et le pouvoir qu’ils ont sur les Marocains, ces larbins et ces arrivistes mafiocrates et médiocrates cherchent-ils à empêcher le Marocain d’accomplir sa tâche avec joie et de vivre la vie dans sa totalité dans un royaume stable socialement,

économiquement et politiquement, et où il fait bon vivre, hors de leur conception étroite. Sans stabilité, il n’y a pas de développement ni de démocratie.

A suivre …

Saïd CHATAR

A ce propos abdeslam