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Islam et laïcité

L’ébauche de l’Etat musulman

Déçu par ses concitoyens de la Mecque qui se montrèrent hostiles à ses prêches révolutionnaires fustigeant leurs mœurs qu’il considérait comme dépravées (l’orgueil, la soif de lucre, l’esclavagisme, l’ensevelissement des jeunes filles vivantes, etc.), le prophète Mohamed émigra avec ses premiers disciples vers Yathrib (plus tard appelée Médine), oasis située à 350 kilomètres de la Mecque, et dont les habitants étaient plutôt des paysans que des marchands, comme ceux de sa ville natale (la Mecque). Ce voyage nommé ‘’ Hijra ‘’ marque l’an 1 de l’ère musulmane, ‘’ l’Hégire ’’.

A peine arrivé à Médine plutôt en triomphateur qu’en exilé, Mohamed qui était un fin stratège, usa de diplomatie et des armes pour poser les premiers jalons de l’Etat musulman à Médine. Il réussit à conclure un Pacte en se conciliant d’une part les juifs nombreux et influents et les chrétiens, et d’autre part les arabes convertis et non convertis à l’Islam. Il devient, chose rare chez les fondateurs de religion, à la fois apôtre, législateur, politique et guerrier. Il instaura son culte en détail et fonda une société civile sur des bases toutes nouvelles en Arabie, en dehors des conceptions jusqu’alors exclusives de tribu et de clan. La nouvelle société instituée va s’appeler l’Ummah qui signifie communauté dont le chef suprême est Dieu, et le prophète Mohamed est son seul représentant sur terre. Tous les membres de cette collectivité sont égaux entre eux et devant Dieu : les femmes et les hommes, les riches et les pauvres, les noirs, les blancs et les jaunes…

Ainsi une société islamique venait-elle d’être formée à Médine où le prophète fonda la première mosquée (masdjid) qui devenait le centre actif de la communauté musulmane. La mosquée allait lui permettre de poser des bases pour commencer à faire connaitre les idées de son projet islamique auprès de ses disciples qui peuvent aider à le faire réussir. C’est ainsi que le rôle de la mosquée va consister non seulement en la propagation de l’Islam, mais aussi en la conversion de celui-ci en une force active.

Toutefois, il convient de signaler que les juifs, les chrétiens et les païens y conservaient leur religion et leurs croyances et se voyaient reconnaître les mêmes droits que les musulmans. Aucune fraction ne pouvait faire une alliance ou une guerre sans l’assentiment du prophète qui, en tant ‘’ qu’envoyé d’Allah ‘’, jugera souverainement les contestations. Il représentait le pouvoir central avec le droit de déclarer la guerre ou de faire la paix et gardait la prérogative exclusive de prononcer des jugements en dernier ressort, c’est-à-dire le droit de rendre justice. La lutte entre les tribus fut arrêtée, un membre de la communauté ne pouvait se faire justice ni trancher un litige, chacun devait avoir recours à l’autorité, au pouvoir central du prophète qui peut ordonner ‘’ le bien ’’ et interdire ‘’ le mal ’’ ». Cependant, Mohamed n’était pas un ‘’autocrate’’, Dieu étant la seule source d’autorité aussi bien pour le chef (Mohamed) que pour le peuple. Le système administratif qu’édifia Mohamed à Médine pour un ‘’Etat musulman’’ fut conservé dans les grandes lignes par ses quatre successeurs (les quatre califes : Abou-Bakr, Omar, Othman et Ali) qui le considérèrent comme un système idéal, simple, réaliste. Après quoi, des failles se firent jour dans la théorie constitutionnelle de l’Etat et dans la pratique des gouvernants. Le système instauré par Mohamed ne fut donc pleinement respecté que pendant une trentaine d’années.

Les premières failles apparurent avec l’avènement de la dynastie des Omeyyades dont le fondateur fut le Calife Muawiya qui fut attiré par la vie fastueuse de Byzance, que le Prophète Mohamed et ses hommes avaient méprisée et repoussée.

Islam et laïcité

Islam et laïcité. Voilà un sujet intéressant qui n’est pas évident au premier abord. D’un côté nous avons l’Islam qui est une religion mondiale et universelle, et de l’autre, la laïcité qui consiste en la séparation de la religion et de la politique. Cependant, la laïcité admet le fait religieux et porte haut les couleurs de l’humanisme, de la tolérance, de l’a-dogmatisme… Elle met, en principe, les trois religions abrahamiques et les autres croyances sur un même pied d’égalité.

Toutefois, l’Islam veut-il un universalisme de la même nature que celui de la laïcité ? Et ces deux visions du monde sont-elles compatibles ? Remarquons qu’il est difficile d’appliquer au système institutionnel musulman une étiquette conçue dans l’optique des sciences politiques de l’Occident. De même, il est malaisé de définir la conception théorique musulmane de l’Etat qui ne sépare pas les conceptions politiques des conceptions religieuses. Mohamed, prophète de l’Islam, tout en étant prédicateur de la loi coranique, était en même temps ‘’ chef de l’Etat ‘’. Or, dans le Coran on ne trouve nulle part une indication sur qui doit diriger l’Umma et ses institutions. De même, le Coran ne dit pas non plus qui remplacera le Prophète après sa mort. C’est un problème qui est resté toujours ouvert et qui a donné lieu à des controverses, à des querelles et à des schismes.

C’est pour cela qu’il n’y a rien de plus compliqué et de plus ardu que de parler laïcité avec un musulman qui la perçoit comme un agnosticisme, un athéisme, voire une hérésie. En effet, beaucoup de musulmans considèrent la laïcité comme une trahison, une subversion (fitna) dirigée contre la communauté musulmane dans son ensemble, voire un poison inoculé par les ennemis de l’Islam. En terre d’Islam et même ailleurs, les imams et les prédicateurs ne cessent de stigmatiser les laïques en les appelant souvent ‘’al-laïquyoun‘’, mot qui a une connotation presque triviale. En terre arabo-musulmane, pratiquement, tous les Etats sont théocratiques, exception faite pour les deux régimes baasistes et laïques d’Irak et de Syrie, qui sont combattus, voire détruits par ‘’ l’Occident ‘’ au profit des islamistes. ( ?).

Dans les pays arabo-musulmans où les libres penseurs sont rares, la grande majorité des musulmans ne considèrent pas la laïcité comme un concept universel. Et d’ailleurs à ce propos, les philosophes arabo-musulmans comme les mutazilites ou les zindiqs, et beaucoup plus tard, El Ghazali et Ibn Rochd Averroès, qui voulaient réconcilier la Foi et la Raison, n’avaient-ils pas tous payé fort cher leur différence ? Par contre, ceux qui sont pour l’ingérence de la loi de Dieu dans les affaires publiques sont, de très loin, beaucoup plus nombreux, ce qui rend encore plus embrouillé le débat quand il a lieu sur la séparation des deux pouvoirs, le politique et le religieux, car les musulmans n’ont pas de traditions de sécularisation. Telle est la situation actuelle en terre d’Islam, avec d’un côté la majorité qui est partisane d’une religion dominant les sphères publiques et privées, et de l’autre une minorité partisane d’une sécularisation de la religion sans préciser sa forme. Et pourtant, je vais rappeler que les textes sacrés sont emplis d’affirmations qui disent clairement : ‘’… La iqraha fi-Dine’’ qui peut se traduire par : ‘’pas de contrainte en religion’’. Et, ‘’Quiconque veut croire qu’il soit croyant ; et mécroit qui veut’’ (S.18, v. 29).

Qu’attendons-nous pour commencer à procéder à l’invention ou plutôt à l’élaboration d’un Islam sécularisé en Belgique, même si des avancées et des prises de consciences collectives qui sont en train de naître ici et là, butent sur des islamistes qui sont souvent soutenus et encadrés par des pays étrangers (?)… Mais en dépit de toutes les difficultés qui se dressent devant les musulmans laïques, poursuivons nos travaux avec Courage et Persévérance.

En résumé, force est de constater qu’il n’est pas facile d’être aujourd’hui laïque en terre d’Islam. Les bouleversements géopolitiques engendrés par l’Occident, surtout les U.S.A et le Royaume Uni, voire la France avec la complicité des wahhabites et autres islamistes des pays du golfe au détriment des régimes laïques en Irak, en Libye et aujourd’hui en Syrie, ont souvent amené aux commandes des dirigeants facho-obscurantistes faisant fi de la paix et de la concorde au Moyen-Orient. Comment expliquer l’aide et le soutien apportés par des puissances occidentales et des monarchies du Golfe aux assassins de l’Etat islamique sans foi ni loi qui décapitent femmes, hommes et enfants. La fraternité universelle et la paix ne sont pas possibles avec ces assassins qui, au nom d’un Islam despotique qu’ils refusent de faire évoluer, terrorisent et massacrent des innocents au nom d’un Dieu improbable.

  • Les premières victimes de l’État islamique ne sont-ils pas d’abord et avant tout les musulmans qui sont spoliés de leurs biens, de leur vie, plongés dans la terreur ?

  • Donc à qui profitent les crimes atroces perpétrés par l’État islamique ?

  • C’est la grande question à laquelle les politiques n’ont jamais osé répondre franchement et ouvertement.

  • Pourquoi ?

Saïd CHATAR

A ce propos abdeslam