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Intégrité territoriale, développement et intégration sociale

Chatar Said
Chatar Said

Depuis l’année 1975 qui venait de placer le Maghreb au premier plan de l’actualité internationale, le Maroc se débat toujours au cœur du parachèvement de son intégrité territoriale qui le désole.

Toutefois, à travers son histoire dans un monde désordonné, fragmenté et visqueux, fait d’antagonismes multiples et toujours éveillé à la rivalité, le Maroc a su, dans les moments les plus critiques, se ressaisir et dominer des situations qui paraissaient désespérées.

Dans un monde bouleversé par la mondialisation, les nations et les hommes, y compris le Maroc, sont conduits à douter de leurs institutions, de leurs principes, de leur idéal. Il en résulte des insurrections populaires, des manifestations désordonnées qui s’inscrivent dans les secteurs de la vie quotidienne, les arts, la culture, l’expression de la pensée, la politique, etc. Toutefois, les pays qui savent s’adapter à ces « désordres » reprennent généralement bien vite leur équilibre.

Ce phénomène de désordre, si souvent constaté à travers l’histoire, qui n’atteignit simultanément, dans la passé, qu’un pays ou une région limitée, parvint maintenant à reconquérir toute la planète.

Par ailleurs, au cours de ces dernières 37 années graves pour le Maroc, les marocains attendent vainement que des voix s’élèvent pour leur faire connaitre les raisons fondamentales et objectives de cette situation à propos de leur région du sud.

Aussi devant l’absence d’une stratégie et des objectifs clairs relatifs à la sauvegarde de l’intégrité territoriale du royaume à travers l’autonomie, le Maroc ne risque-t-il pas de laisser les généreuses et patriotiques populations de sa régions du sud s’égarer, commettre des gestes d’abandon qui les conduiraient à un bien sombre devenir, lequel constituerait une mauvaise action envers les populations du Maroc en particulier et du Maghreb en général.

Tous les marocains qui avaient versé si généreusement leur sang pour l’indépendance, se sont levés ensuite d’un même élan en 1975 pour voler au secours de leur patrie que le généralissime Franco voulait amputer de sa région du sud. Ils n’auraient pas pu concevoir une autre attitude, le patriotisme et les élans du cœur ne se discutent pas.

Le peuple et son roi qui ont bien interprété ce sentiment populaire profond, ont fait le serment que le Maroc se battra jusqu’au bout face aux légendes construites par ceux qui veulent le séparer de sa région du sud. C’est pourquoi, il faut que la fraction réactionnaire du pouvoir militaro-bureaucratique algérien sache que le peuple marocain tout entier n’acceptera jamais que son royaume soit amputé de sa région du sud.

Par ces réactions, les marocains voulaient tout simplement démontrer qu’ils étaient prêts à n’importe quels actes pour continuer à vivre et à mourir à l’abri du drapeau bicolore sur cette terre du royaume du Maroc qu’ils veulent transformer par le développement et la démocratisation de Tanger à Lagouira. Toutefois, en dépit de la sagesse et la maturité patriotique des marocains qui résistent à la démagogie et aux propagandes les plus habiles, les perturbateurs professionnels ne sont pas désarmés pour autant.

Face à ces idées subversives que les marocains repoussent, il se trouve toujours une minorité, aussi réduite soit-elle, pour les accepter. Cette minorité aventurière copieusement nantie d’or et de pétro-dinars, se charge de faire partager ses idées par les masses tant à l’échelon régional qu’au niveau international. Que cette clique fantoche de mercenaires et de contrebandiers sans scrupules y prenne garde. Elle périra à son tour, sous les mystifications qu’elle colporte à travers le monde, les violences et les haines qu’elle sème dans ses camps de concentration de Tindouf où des milliers de familles d’origine du sud du Maroc continuent toujours de souffrir de déchirements qu’elles n’ont d’ailleurs jamais voulus.

Par ailleurs, les hommes comme les nations, naissent, grandissent et meurent, avec cette différence que la nature n’a pas fixé la durée de leurs cycles. La grandeur ou la décadence des nations résulte de la somme des forces que représentent les volontés concordantes des hommes qui les habitent. Lorsque des hommes ou des élites, sacrifiant le destin de leur pays, en viennent à devenir de petits bourgeois, à ne plus songer qu’à leurs intérêts directs, ou à lui préférer un quelconque but, fût-il le fruit d’une haute philosophie, le déclin s’avance à grands pas. Un peuple qui peut pleurer sur ses propres erreurs ne peut compter sur un miracle pour lui rendre ce qu’il a délibérément sacrifié.

A ce propos, il faut avouer franchement qu’en matière d’autonomie, l’Etat marocain n’apporte pas assez de remèdes adéquats et appropriés sur le plan socio-économique, politique et culturel pour la sauvegarde de l’unité territoriale du royaume ; alors même que sur cette région du sud récupérée l’on attend l’élan du cœur avec plus de Sacrifices, de Patriotisme et de Raison qui arrêteront les destructions du Maroc en particulier et du Maghreb en général, ainsi que les meurtres de leurs peuples.

La sauvegarde de l’intégrité territoriale du Maroc qui exige énormément de l’homme marocain dépend inéluctablement de la promotion sociale et culturelle de celui-ci, du développement et de l’essor économique du Maroc. De l’homme personnel il faut passer à l’homme communautaire, de l’aspect individuel à l’aspect social, des conditions de l’homme dans son milieu à la dynamique sociologique de celui-ci. D’où un rapprochement peut être inattendu entre des thèmes habituellement séparés : intégrité territoriale, dynamique de développement, promotion sociale de l’homme au Maroc.

Cependant, au plan externe, l’orientation officiellement choisie par le royaume pour sauvegarder son intégrité territoriale correspond-elle aux réalités internationales d’aujourd’hui ? De même, au plan interne, l’autonomie répond-t-elle aux attentes et aux aspirations de l’homme marocain au sud comme au nord du royaume ?

Au plan externe.
Le projet de l’autonomie propose-t-il une valeur ajoutée politique meilleure que celle de l’autodétermination ? Cette préconisation marocaine correspond, du moins dans la forme, à un processus en phase avec le monde actuel où la dynamique régionale se développe de plus en plus à travers le monde aux dépens des Etats-Nations et des Etats-territoires. C’est une option qui s’inscrit au premier abord, dans le sens de l’histoire des peuples du Maghreb. Aussi est-il essentiel pour la diplomatie marocaine d’expliquer d’avantage le réalisme de cette thèse d’autonomie qui va au-delà des lignes de démarcation des frontières léguées par le colonialisme évite au Maghreb, aux pays du sahel et du Sahara le chauvinisme, l’affaiblissement et la fragmentation que la thèse de l’autodétermination voudrait renforcer et perpétuer au profit des forces aventurières et hégémonistes (AQMI, AZAWAD et autres ethnies, etc.).

Au plan interne
L’autonomie pourrait susciter quelques appréhensions. D’aucuns vont effectivement jusqu’à redouter de voir opposer les choix politiques et socio-économiques faits par l’Etat marocain aux besoins réels et ressentis de l’Homme de la région du sud auquel on propose l’autonomie. La meilleure manière de faire adhérer l’homme de la région du sud au projet de l’autonomie est de ressusciter le duel qui consiste en la primauté de l’équilibre entre la dynamique de développement et l’intégration socio-économique de l’homme au sud comme dans le reste du royaume.

C’est pour cela que les gouvernants et les élites du Maroc doivent avoir à l’esprit que c’est l’homme qu’ils doivent toujours mettre au centre du débat. En effet, l’homme vivant dans un environnement régional en mouvements perpétuels serait le premier bénéficiaire de l’autonomie. L’homme en tout cas, pour qui, le but de l’intégration territoriale doit être harmonisé avec la dynamique de développement socio-économique et la promotion humaine.

Or, à ce niveau, il faut bien avouer que l’action socio-économique, telle qu’elle est conçue dans les régions du sud comme d’ailleurs dans le reste du royaume apparait comme plaquée du dehors, parfois même comme une sorte de camouflage des maux profonds dont souffrent les sociétés du nord et du sud du Maroc où, en dépit de l’essor économique que celui-ci connait, l’action de base n’a pas été menée à bien pour améliorer le niveau de vie socio-économique et culturel de l’Homme. Certaines réalisations économiques et sociales ne pouvaient pas apparaitre autrement que comme un luxe prématuré et souvent inutile.

L’économie de la région du sud comme celle de nord subit une exploitation intensive qui en a ruiné les sources. Nous avons là le type de développement qui se fait d’une manière quelque peu cohérente et, en tout cas, sans aucune homogénéité. Autrement dit, le développement se fait au profit de quelques privilégiés seulement (richesses halieutiques, les chantiers d’exploitation de sable, l’immobilier, l’agriculture, etc.) qui illustre assez bien les inégalités qui accablent les populations du royaume.

Ce modèle de développement élimine ou plutôt exclut des facteurs importants : notamment ceux qui relèvent du développement humain et de l’action socio-économique permettant à l’homme de participer activement au processus de la création des richesses.

Aujourd’hui, l’homme marocain assiste sans participer au processus de développement que connait le royaume à travers ses régions et plus particulièrement celle du sud. Les effets sociaux sont impressionnants ; les taux de chômage qui touchent de plus en plus de jeunes diplômés continuent leur ascension. Mais les couches sociales qui en sont les victimes sont bien différentes des  « pauvres » de la période coloniale. « Urbaines » plutôt que rurales, la jeunesse de leurs membres est remarquable tandis que le sentiment de révolte qui les anime tranche avec l’ancienne culture de soumission et de fatalisme qui était le fait des « anciens pauvres ».

Le Maroc peut-il sauvegarder son intégrité territoriale en excluant une grande partie de la population composée de jeunes diplômés dynamiques, du processus de développement de la région du sud ? Cette jeunesse est ainsi laissée pour compte dans la foulée de nouvelles politiques en faveur de quelques notables féodalisants. Ces politiques produisent des phénomènes de rapide paupérisation des masses sahariennes.

Ainsi, l’Etat marocain sera-t-il capable ou aura-t-il le courage de s’attacher à une dynamique de développement axée sur la création et la libre entreprise ? Les jeunes diplômés savent fort bien qu’il faut réaffirmer le rôle de l’Etat marocain dans ses missions essentielles. Notamment en termes de protection sociale, qui n’est pas de l’encouragement à la dépendance comme c’est souvent le cas aujourd’hui dans la région du sud, mais de l’encouragement à la prise de responsabilité permettant le développement d’une classe moyenne (à la tête de P.MI et P.M.I actives dans les différents secteurs socio-économiques), socle solide et fixe sur lequel repose la sauvegarde de l’intégrité territoriale et la stabilité du royaume. A bon entendeur…

En guise de conclusion :
L’américain M. Christopher ROSS et l’autonomie
En guise de conclusion, je vais me permettre de demander à M. Christopher Ross, de bien vouloir regarder la carte géographique du Royaume du Maroc au moment où celui-ci avait, le premier, reconnu l’Etat indépendant des U.S.A qui venait de s’affranchir du joug du colonialisme anglais. Ainsi, il verra où se trouvaient les frontières du royaume du Maroc avant l’arrivée des colonialismes français et espagnols qui l’avaient dépecé et amputé.

De même, il n’est pas inutile de rappeler que le pays des Etats-Unis d’Amérique qui est né d’une lutte ou plutôt d’une guerre entre la France et l’Angleterre, est composé au départ d’un peuple jeune et hardi, en majorité d’hommes qui ont été chassés des «vieux» pays d’Europe pour leurs convictions religieuses ou politiques, d’autres qui sont simplement venus chercher fortune dans un nouveau continent. Ce peuple qui hait les sectarismes qui l’ont forcé à s’expatrier, admettra le premier la notion fédérale à l’échelle d’un continent.

Alors, pourquoi le peuple américain qui ne porte pas la charge de nationalismes étroits, fortement implantés durant des siècles de luttes entre européens et chez qui se forme un curieux complexe d’«anticolonialisme» ne soutient-il pas le Maroc dans sa lutte pour sauvegarder son intégrité territoriale à travers l’autonomie qui va de l’Etat-territoire à la dynamique régionale. Ce complexe d’« anticolonialisme » n’explique-t-il pas le soutien du peuple américain aux guerres de libération nationale au Maroc et en Algérie contre le colonialisme français ?

Ainsi, à travers cette autonomie, le Maroc qui est le pays le plus stable du Maghreb pourrait plus facilement entamer la régionalisation pour passer ensuite à la réalisation d’un Etat fédéral, condition sine qua non pour la formation d’un grand espace maghrébin économiquement intégré, cher aux U.S.A, où chaque homme aura la possibilité d’entreprendre, de produire et de créer des richesses.

L’Amérique qui est « anticolonialiste » par sa doctrine, ses hommes d’affaires ne préfèrent-ils pas des marchés libres à ceux dépendant d’autres nations ?
Il n’est que temps de …

CHATAR Saïd

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