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La fièvre catalane

La fièvre catalane met-elle en péril le corps espagnol ?

es indicateurs économiques sont bons, les différentes communautés semblent vivent en bonne intelligence. Le bilan de santé de la Catalogne apparaît satisfaisant. Alors pourquoi cette exaltation collective, se demandent-on ? De nouveaux riches voudraient-ils se désolidariser de leurs anciens compagnons ?

Si en pratique la Catalogne a déjà parcouru un long chemin -politique, économique et culturel- pour autonomiser sa région ; en théorie, le territoire espagnol est insécable à l’instar de la France centralisée et jacobine. Or, une partie de la Catalogne est animée par des velléités d’indépendance. Mais si ces ambitions de séparatisme étaient menées jusqu’au bout, que son indépendance venait à se concrétiser, si elle réussissait sa sortie de l’Espagne, quelles seraient les conséquences probables pour la Catalogne, l’Espagne° et l’Union européenne ?

Enchaînements politiques

L’une des premières conséquences immédiates, déjà annoncée, serait un déni officiel du gouvernement madrilène qui déclarerait la non-reconnaissance de la Catalogne en tant que nation. L’Union européenne ainsi que de nombreuses nations dans le monde dont le Maroc ne tarderont pas à lui emboiter le pas en se prononçant dans le même sens. En se séparant de l’Espagne, la Catalogne se désunit ipso facto de l’Union européenne, de la monnaie commune et de l’espace Schengen avec toutes les conséquences politique, économique, commerciale, fiscale…

Une hypothétique Catalogne indépendante devrait soumettre sa candidature à l’unanimité des Etats-membres. Or, l’Espagne, la France et le Royaume-Uni ont déjà fait savoir qu’ils s’opposeraient à cette adhésion, et le Maroc a précisé qu’il ne la reconnaîtrait pas. Une déclaration unilatérale d’indépendance de la Catalogne ne serait pas favorable politiquement à cette région.

Contrecoups économiques

La Catalogne a le PIB le plus élevé (19%) et le taux de chômage le plus bas (13%) d’Espagne.

Mais les économistes mesurent déjà une diminution des investissements. Plusieurs milliers d’investisseurs ont quitté la région prospère. Sans compter les différentes délocalisations, vers l’Espagne ou à l’extérieur de la péninsule, consécutive à cette incertitude économique qui ne rassure guère le marché. Or, la Catalogne a besoin de l’Espagne et de la France pour se fournir, et de l’U.E. pour son import-export. Quels intérêts aurait-elle à se séparer ? D’un point de vue économique, la Catalogne n’aurait-elle pas plus à perdre qu’à gagner ?

N’a-t-on pas tiré les conséquences de la régression commerciale du Québec lorsqu’il miroitait son indépendance ; n’a-t-on pas sous-estimés les difficultés, post-Brexit, pour le Royaume-Uni de reconsidérer ses traités, de renégocier ou d’annuler ses accords commerciaux ?

Fracture sociale

Au moment où l’Espagne commençait péniblement à sortir d’une crise économique récente et d’une crise politique et identitaire plus ancienne et plus profonde, antérieure à l’ère démocratique, une telle désunion ne serait-elle pas suicidaire ? La Catalogne a besoin de l’Espagne et vice-versa afin de prévenir une fracture sociale nationale. L’Europe et ses régions se construisent en garantissant une prospérité économique et un épanouissement social de tous ses citoyens. Il y a un devoir d’humanité et de solidarité actives tout en permettant à chaque région d’évoluer dans une autonomie relative. L’impertinence d’une politique régionale à l’égard d’une autre démantèlerait un pays qui essaie de se relever.

Outre les inconvénients politiques et les difficultés économiques, une sortie de la Catalogne de l’Espagne serait néfaste d’un point de vue social : le vivre-ensemble, la paix et la cohésion sociale.

Difficultés communautaires

L’Union européenne a déjà beaucoup à faire pour gérer et administrer 28 Etats-membres qu’en serait-il si d’autres régions comme la Flandres, la Bretagne, la Corse, l’Ecosse, le pays de Galle postulaient comme nouveaux membres ? L’avenir de l’Europe, qui a maints égards est de plus en plus mis en péril, se joue dans chaque Etats-membre, pour autant que la communauté veuille toujours être une communauté de destin.

On a déjà pu dire que l’Europe était trop grande pour être unie et trop petite pour être divisée. Mais l’Union européenne a-t-elle été pensée et conçue pour l’union ou pour la fragmentation ?

° Dans un prochain mensuel, D.N. consacrera un dossier spécifique à la problématique catalane et à la situation espagnole.

Mohammed Jamouchi

 

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